Démographie

1.8. Effectifs de retraités de l'ensemble des régimes

Une hausse modérée mais continue de l’effectif total de retraités

Le nombre global de retraités de droit direct de l’ensemble des régimes obligatoires de sécurité sociale atteint 16,9 millions en 2020, dont 8,0 millions d’hommes et 8,9 millions de femmes (cf. Graphique 1). Il est en hausse de 1,2 % par rapport à 2019. Cette croissance s’inscrit dans la tendance des dix dernières années (+1,1 % par an en moyenne depuis 2011), et est inférieure à celle observée sur la période 2006-2010 (+2,6 % par an en moyenne). Le recul progressif de l’âge légal de départ à la retraite à partir de 2011 permet d’expliquer ce ralentissement. 
Bien qu’elles aient en moyenne moins participé au marché du travail que les hommes, les femmes représentent un peu plus de la moitié (53 %) des bénéficiaires de droit direct, en raison d’une espérance de vie plus longue. En outre, l’effectif des femmes à la retraite s’accroît plus rapidement que celui des hommes du fait de la progression de leurs taux d’activité au fil des générations : il a augmenté de 1,8 % entre 2019 et 2020, tandis que celui des hommes n’a crû que de 0,5 %.

Le nombre de nouveaux retraités est stable par rapport à 2019

En 2020, 716 000 personnes, dont 52 % de femmes et 48 % d’hommes, ont liquidé une première pension de droit direct. Entre 2004 et 2019, la part des femmes parmi l’en¬semble des retraités de droit direct a augmenté de 2 points, passant de 50,8 % à 52,8 %.
Avec l’arrivée à l’âge de 60 ans des générations du baby-boom, le flux des nouveaux retraités a progressé à partir de 2006, mais plusieurs réformes l’ont affecté de manière variée à partir de 2009. D’une part, le durcissement des conditions d’accès aux départs anticipés pour carrière longue a conduit à réduire le nombre de primo-liquidants de 12,3 % en 2009 (conséquence du relèvement de la durée d’assurance prévu par la loi de 2003). D’autre part, le recul de l’âge minimal légal a contribué à une forte diminution du nombre de nouveaux retraités en 2011 et en 2012, puis s’est traduit par une forte augmentation en 2013, davantage de personnes atteignant l’âge légal d’ouverture des droits que lors des deux années précédentes. Par ailleurs, la fermeture progressive, à partir du 1er janvier 2012, du dispositif de départ anticipé pour les fonctionnaires parents d’au moins 3 enfants a fortement participé à réduire les effectifs liquidant leur pension en 2012, mais avait, à l’inverse, contribué à un accroissement du nombre de liquidations en 2011, du fait d’un comportement d’anticipation par les personnes concernées. La baisse en 2014 et 2015 s’explique par le décalage progressif de l’âge d’ouverture des droits à la retraite et de l’âge d’annulation de la décote instaurés par la réforme de 2010. Les effets de l’augmentation de l’âge légal d’ouverture des droits se poursuivent jusqu’en 2017, tandis que les effets de l’âge d’annulation de la décote s’observent entre 2016 et 2022. L’assouplissement des départs anticipés pour carrières longues mis en place le 1er novembre 2012 a contribué à une hausse du nombre de nouveaux retraités en 2012 et en 2013. À partir de 2014, les départs à la retraite diminuent, notamment à 62 ans (-12 points entre 2013 et 2017). La baisse des taux de retraités entre 62 ans et 65 ans pourrait être liée à la modification des règles du cumul emploi-retraite consécutive à la réforme des retraites de 2014 (cf. indicateur 1.9). Le nombre de nouveaux retraités a diminué de 4,7 % en 2019, alors qu’il progressait depuis 2017 (+10,3 % en 2017 et +5,6 % en 2018).

Une diminution du nombre de pensions versées

Le nombre de retraités diffère du nombre de pensions versées par l’ensemble des régimes de retraite. En effet, un même individu peut recevoir des pensions de plusieurs régimes : un assuré peut percevoir une pension de base et une pension d’un régime complémentaire mais il peut également avoir été affilié à plusieurs régimes de base au cours de sa vie active et percevoir ainsi plusieurs pensions de base. Il s’agit, dans ce dernier cas, d’un retraité « polypensionné ». En 2020, le nombre de pensions versées par les régimes de retraite de base et complémentaires s’élevait à 37,9 millions, en baisse de 2,7 % par rapport à 2019. Le nombre de pensions versées poursuit ainsi la diminution entamée en 2019 (-5,1 % par rapport à 2018). Cette diminution s’explique par la diminution de la proportion de personnes polypensionnées (cf. Graphique 2 : -4,9 % en 2019, et -21,3 % en 2020). Les retraités perçoivent en moyenne 1,3 pension au titre d’un avantage de base et 2,2 pensions en incluant les pensions complémentaires.

Près d’un quart de polypensionnés parmi les retraités de droit direct

Fin 2020, 24,4 % des retraités de droit direct sont dits polypensionnés, car ils bénéficient de pensions de retraite versées par au moins deux régimes de base (cf. Graphique 2). Ce chiffre est en forte réduction par rapport à 2019 (-21,3 %), ce qui peut s’expliquer par l’intégration de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI) à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (Cnav, régime général). Un grand nombre des personnes ayant cotisé à la SSI avaient en effet cotisé dans le régime général.
La part de polypensionnés est plus élevée chez les hommes (27,4 % en 2020, contre 21,7 % chez les femmes), car ils ont une carrière en moyenne plus longue, et donc une plus forte probabilité de changer de régime. Cet écart est cependant en réduction : il était de 5,7 points en 2020, contre 9 points en 2019. Là encore, cette diminution peut en partie s’expliquer par l’intégration de la SSI à la Cnav, davantage d’hommes exerçant des métiers de travailleurs indépendants.
Pour faciliter l’ouverture des droits à la retraite des polypensionnés, la Cnav (ainsi que la SSI avant son intégration à la Cnav en 2020) et la MSA salariés procèdent à la liquidation unique des régimes alignés (Lura) depuis le 1er juillet 2017. Pour plus de détails à ce sujet, se référer à l’indicateur 2.12.

Focus sur le régime général

Fin 2021, 14,3 millions de retraités bénéficient de droits directs contributifs au régime général (comprenant les anciens travailleurs salariés et indépendants), en tant que monopensionnés ou polypensionnés (+50 % par rapport à 2003).
Compte tenu du poids important du régime général parmi l’ensemble des retraités, la part des femmes dans les bénéficiaires (53 %) ainsi que l’évolution du nombre de nouveaux bénéficiaires sont similaires à celles observées sur l’ensemble des régimes de retraite (cf. supra).

La très grande majorité des nouveaux retraités liquide ses droits au taux plein (cf. Graphique 3) : en 2021, on compte 13 % de liquidations à taux réduit (avec une décote) et 87 % à taux plein (16 % qui bénéficient d’une surcote et 71 % qui n’en bénéficient pas).
Les liquidations au taux plein (avec ou sans surcote) comprennent des modes de liquidation différents. Parmi eux, une partie liquide ses droits au titre de la durée avant l’âge d’annulation de la décote. Ces liquidations concernent 57 % des liquidations totales, dont 21 % qui liquident avant l’âge d’ouverture des droits (départs en retraite anticipée au titre de la carrière longue - RACL - principalement) et 36 % qui liquident entre l’âge d’ouverture des droits et l’âge d’annulation de la décote (dont 23 % sans surcote et 13 % avec surcote).
Une partie des retraités qui liquident au taux plein le font à partir de l’âge d’annulation de la décote : 12 % des retraités sont dans cette situation (9 % sans surcote et 3 % avec surcote).
Enfin, une partie des assurés bénéficie du taux plein dès l’âge légal sans nécessairement avoir la durée requise, s’ils sont reconnus inaptes au travail ou bénéficient d’une pension d’invalidité avant la retraite : ce mode de liquidation représente 17 % des liquidations.
Les hommes liquident plus souvent que les femmes au titre d’une RACL : 30% des hommes liquident avant l’âge d’ouverture des droits, contre à peine 12% des femmes. Les femmes sont à l’inverse plus nombreuses à liquider avec la durée à partir de l’âge légal avec ou sans surcote (41% contre 32% pour les hommes).
Par ailleurs, elles attendent plus souvent d’avoir atteint l’âge d’annulation de la décote pour liquider leurs droits à taux plein : 13 % des femmes sont dans cette situation, contre 10 % des hommes. Elles sont aussi plus nombreuses à liquider avec une décote (respectivement 14 % et 12 %).
 

Graphique 1 ● Nombre de retraités de droit direct dans l’ensemble des régimes (base et complémentaire)

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Note de lecture : En 2020, on recensait 16,9 millions de retraités en France, dont 8,9 millions de femmes et 8,0 millions d’hommes. Parmi eux, 700 000 personnes liquidaient leur première retraite en 2020.
Sources : EACR, EIR, modèle ANCETRE de la Drees. 
Champ : Retraités titulaires d’un droit direct dans un régime de retraite de base ou complémentaire, résidant en France ou à l’étranger, vivants au 31 décembre de l’année n. Le « stock » se compose des retraités titulaires d’un droit direct dans un régime de retraite de base ou complémentaire au cours de l’année n, vivants au 31 décembre de l’année n. Le « flux » est constitué des retraités titulaires d’un droit direct dans un régime de retraite de base ou complémentaire ayant liquidé un droit à retraite pour la première fois au cours de l’année n.

Graphique 2 ● Proportion de retraités de droit direct d'un régime de base polypensionnés

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Note de lecture : En 2020, 24,4 % des retraités de droit direct étaient polypensionnés, soit 27,4 % des hommes retraités et 21,7 % des femmes retraitées.
Sources : EACR, EIR, modèle ANCETRE de la Drees.
Champ : retraités titulaires d’un droit direct dans un régime de retraite de base, résidant en France ou à l’étranger, vivants au 31 décembre de l’année n. Le terme « polypensionnés » désigne les retraités titulaires d’un droit direct dans plusieurs régimes de retraite de base au cours de l’année n.

Graphique 3 ● Part des nouvelles pensions de droit direct versées en 2019 au titre de la liquidation unique des régimes alignés (Lura)

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Source : Prisme (échantillon 1/20e du SNSP et prévisions pour l’année 2021), Cnav.
Champ : bénéficiaires d’un avantage principal de droit direct au régime général (retraités anciens travailleurs salariés et indépendants).
Note : en application de la réforme de 2010, l’âge légal de la retraite a augmenté progressivement de 60 à 62 ans jusqu’en 2017. L’âge d’annulation de la décote est porté progressivement de 65 à 67 ans entre 2016 et 2022.

Définition

Par retraités de droit direct, on entend l’ensemble des assurés bénéficiant d’un droit propre à une prestation vieillesse versé en rente. Dès lors, sont exclues les personnes bénéficiant exclusivement d’une prestation au titre d’un droit dérivé (pensions de réversion, pensions vieillesse de veufs ou veuves), percevant une prestation de droit direct non contributive au titre du minimum vieillesse (allocation aux vieux travailleurs salariés - AVTS -, etc.), ou ayant perçu un versement forfaitaire unique (VFU).

Construction de l’indicateur

Le modèle ANCETRE (Actualisation annuelle par Calage pour l’Estimation Tous Régimes des Effectifs de retraités) permet d’estimer tous les ans les principales grandeurs tous régimes (effectifs de retraités, montant des pensions, nouveaux retraités, etc.).
L’enquête annuelle auprès des caisses de retraite (EACR) repose sur des données administratives fournies par les caisses de retraite. Portant sur la situation en fin d’année de quinze régimes de base et cinq régimes complémentaires, cette enquête couvre la quasi-totalité du champ des retraités. Les données relatives à l’année n sont disponibles en fin d’année n+1.
L’échantillon interrégimes de retraités (EIR) est également construit à partir des données administratives des caisses de retraite, mais celles-ci sont regroupées par individu. L’EIR permet notamment, contrairement à l’EACR, d’avoir des informations sur les polypensionnés et donc d’estimer le nombre de retraités. Cette base concerne les retraités nés et résidant en France ou à l’étranger.
Le modèle ANCETRE a été conçu pour rapprocher au mieux les données de l’EIR et celles de l’EACR. Il actualise la dernière version disponible de l’EIR en faisant vieillir les retraités déjà présents et en ajoutant de nouveaux retraités. La montée en charge de certains dispositifs comme le recul de l’âge légal est notamment simulée. Les évolutions des effectifs et des pensions des principales caisses de retraite fournies par l’EACR et les évolutions démographiques fournies par l’Insee sont également prises en compte.
Les évolutions entre 2008 et 2011, entre 2012 et 2015, ainsi qu’entre 2016 et 2019 sont à prendre avec précaution, les données 2008-2011 étant estimées à partir de l'EIR 2008, les données 2012-2015 étant estimées à partir de l'EIR 2012 et les données 2016-2019 à partir des résultats de l’EIR 2016.
Les données relatives à l'année 2018 estimées à partir du modèle ANCETRE ont été révisées : elles sont à présent calculées à partir de l'EIR 2016. Cette révision peut induire une rupture de série entre les valeurs en 2016 et en 2017.

Pour plus d’informations, se reporter au Panorama Drees « Les retraités et les retraites » - édition 2022.

Les effectifs de nouveaux retraités du régime général sont comptabilisés par date d'effet (correspondant à la date d'ouverture des droits). Ils sont issus des projections réalisées pour la Commission des comptes de la sécurité sociale. Les données sont entièrement observées de 2003 à 2020 et partiellement projetées en 2021 (environ 95 % de réalisation et 5 % d’estimation). A partir de 2020, les données sur les travailleurs indépendants sont intégrées dans le flux de départs à la retraite du régime général (source : Système d’Information Statistique de Liquidation Unique des Régimes Alignés – SIS Lura)
 

Organismes responsables de la production de l’indicateur : CNAV-DSS

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