Objectif n°3 : Augmenter progressivement la durée d’activité et accroître l’emploi des travailleurs âgés

2.9. Améliorer le taux d’emploi des 55-64 ans

Finalité

La stratégie « Europe 2020 » pour l'emploi et la croissance, succédant à la stratégie de Lisbonne (2000-2010), fixe parmi les grands objectifs, l’ambition de porter à 75 % le taux d'emploi des femmes et des hommes âgés de 20 à 64 ans, notamment grâce à une plus grande participation des travailleurs âgés.

Résultats

Le taux d’emploi des seniors, c’est-à-dire la proportion de personnes en emploi entre 55 et 64 ans, se situe pour la population des ménages de France métropolitaine à un niveau plus bas que la moyenne européenne : 53,9 % en moyenne sur l’année 2020 contre 59,6 % dans l’UE 27 (cf. graphique 1).

Graphique 1 ● Taux d'emploi des seniors, brut et corrigé des variations démographiques

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Sources : Insee, enquêtes Emploi, calculs Dares pour la France (champ : France métropolitaine ; âge à la date de l’enquête) ; Eurostat, enquêtes Force de travail pour l’UE 27.
Note : Le taux d’emploi « sous-jacent » est un taux d’emploi corrigé des effets de composition démographique, Les données diffusées par Eurostat ne permettent pas de calculer les taux d’emploi « sous-jacents » pour les différents pays européens

Tableau 1 ● Taux d'emploi des seniors, brut et corrigé des variations démographiques par tranche d'âge

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Sources : Insee, enquêtes Emploi, calculs Dares pour la France (champ : France métropolitaine ; âge à la date de l’enquête); Eurostat, enquêtes Force de travail pour l’UE 27.
Note : le taux d’emploi « sous-jacent » est un taux d’emploi corrigé des effets de composition démographique

Pour les 55-59 ans, le taux d’emploi est légèrement supérieur à la moyenne européenne en 2020 (73,8 % contre 72,9 % dans l’UE 27) et l’écart progresse de nouveau en faveur de la France alors qu’il se réduisait depuis 2012. Par contre, il est nettement inférieur pour les 60-64 ans (32,8 % contre 45,3 % en 2020) et les 65-69 ans (7,4 % contre 13 % en 2020), comme sur l’ensemble de la période depuis 2003 (cf. tableau 1).

Le taux d’emploi des seniors a poursuivi en 2020 sa tendance haussière malgré la crise sanitaire. Cette population occupe plus fréquemment des emplois à durée indéterminée que les plus jeunes, dont le taux d’emploi a été nettement plus impacté par la crise du covid-19 (-1,2 point pour les 15-24 ans et -0,4 point pour les personnes de 25 à 49 ans).

Entre 2003 et 2020, le taux d’emploi des 55-64 ans a progressé de 16,9 points en France contre 22 points pour l’UE 27. Cependant, en raison d’un important effet de structure démographique, l’évolution du taux d’emploi des seniors ne rend pas compte de l’évolution réelle des comportements d’activité en France entre 2001 et 2011. En effet, à partir de 2001, le taux d’emploi des 55-64 ans a dans un premier temps augmenté mécaniquement avec les premières générations nombreuses de l’après seconde guerre mondiale atteignant l’âge de 55 ans le plus souvent en emploi, dans la classe d’âge des 55-64 ans. Dans un second temps, entre 2005 et 2011, le vieillissement de la génération du baby-boom et l’augmentation progressive des plus âgés, moins actifs dans la classe d’âge des 55-64 ans, a contribué à limiter la progression du taux d’emploi des 55-64 ans. Le taux d'emploi « sous-jacent » neutralise cet effet démographique et reflète l’évolution des comportements d’activité d’une classe d’âge (cf. construction de l’indicateur). Ainsi, entre 2003 et 2020, corrigé des effets démographiques, le taux d’emploi des seniors a augmenté de 20,3 points. La progression s’est accentuée continument de 2009 à 2012. Alors que l’augmentation du taux d’emploi « sous-jacent » était inférieure à 1 point chaque année entre 2003 et 2008 (+0,6 point par an en moyenne), elle a été de +1,5 point en 2009 et s’est accru jusqu’à atteindre +3,1 points en 2012. La progression a été plus lente ensuite, +1,1 point par an en moyenne de 2013 à 2020, dont +0,8 point en 2020.

Pour les 55-59 ans, la progression du taux d’emploi « sous-jacent », après avoir été de 0,8 point par an en moyenne entre 2003 et 2008, a été particulièrement vive entre 2009 et 2012, supérieure à 2 points chaque année (cf. tableau 1). Ensuite, entre 2013 et 2020, la hausse est revenue à un rythme plus modéré (à nouveau +0,8 point par an en moyenne). Pour les 60-64 ans, le taux d’emploi « sous-jacent » a été stable entre 2003 et 2006 avant de progresser d’environ 1 point chaque année entre 2006 et 2011. La hausse a ensuite atteint 2,9 points en 2012, environ 2 points par an entre 2012 et 2015, puis a ralenti, proche de 1,5 point entre 2017 et 2019 et seulement 0,4 point en 2020. Le taux d’emploi « sous-jacent » des 65-69 ans reste faible, mais a augmenté de près de 5 points entre 2003 et 2020. Pour les 55-59 ans, comme pour les 60-64 ans et les 65-69 ans, la progression du taux d’emploi a été entre 2008 et 2012 nettement plus forte en France que dans l’UE 27 (respectivement de 10,9/5,3/2,2 points en France, contre 5,7/3,4/0,7 points dans l’UE 27), puis ensuite moins forte entre 2012 et 2020 (respectivement pour le taux d’emploi de 6,6/11,3/1,5 points en France, contre 10,0/14,4/3,2 points dans l’UE 27).

Les réformes des retraites et le poids des dispositifs publics de cessation anticipée d’activité (préretraites, dispense de recherche d’emploi, retraites anticipées pour carrières longues, handicap, pénibilité ou amiante) sont les principaux déterminants de l’évolution du taux d’emploi des seniors au cours de ces dernières années. Parmi ces dispositifs, seule la retraite anticipée demeure importante (3,3 % des 55-64 ans fin 2020, comptés en retraite anticipée jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite), les préretraites et la dispense de recherche d’emploi (qui n'admet plus d'entrées depuis 2009) ne concernant plus que des effectifs très résiduels. De fin 2008 à fin 2012, après 3 années de quasi stabilité, la part des 55-59 ans bénéficiant d’une mesure publique de cessation anticipée d’activité a fortement baissé (passant de 13 % à 2 %) pour devenir ensuite très faible (0,5 % fin 2017). Avec le report progressif de 60 à 62 ans de l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite, le taux d’emploi des 60-61 ans a fortement progressé à la mi-2011, expliquant l’accélération du taux d’emploi des 60-64 ans en 2012 en moyenne annuelle, la hausse du taux d’emploi des 62-64 ans étant relativement régulière depuis 2007. L’élargissement des conditions de départ anticipé à la retraite pour carrière longue inscrit dans le décret du 2 juillet 2012 a ensuite contribué à une moindre progression du taux d’emploi des 60-61 ans et en conséquence de l’ensemble des 60-64 ans. Au total, entre 2011 et 2020, le taux d’emploi des 60-61 ans a augmenté de 23 points contre 8 points pour les 62-64 ans.

Tableau 2 ● Taux d'emploi des seniors, brut et corrigé des variations démographiques par sexe et tranche d'âge

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Sources : Insee, enquêtes Emploi, calculs Dares pour la France (champ : France métropolitaine ; âge à la date de l’enquête) ; Eurostat, enquêtes 
Force de travail pour l’UE à 27.
Note : Le taux d’emploi « sous-jacent » est un taux d’emploi corrigé des effets de composition démographique.

Entre 2003 et 2020, la progression du taux d’emploi « sous-jacent » (corrigé des effets de composition démographique) de l’ensemble des 55-64 ans a été supérieure pour les femmes (+21,8 points, contre +18,8 points pour les hommes). Cette progression plus rapide du taux d’emploi « sous-jacent » des femmes s’observe à la fois pour les 55-59 ans et les 60-64 ans : elle est supérieure de 4,3 points à celle des hommes pour les 55-59 ans et de 1,7 points pour les 60-64 ans (cf. tableau 2). Cependant, entre 2008 et 2012, malgré la hausse tendancielle de l’activité féminine, la progression du taux d’emploi « sous-jacent » des 55-59 ans avait été plus forte pour les hommes que pour les femmes, les hommes étant davantage concernés par les dispositifs publics de cessation anticipée d’activité qui ont nettement reculé sur cette période. Pour les 60-64 ans, entre 2006 et 2012, la progression du taux d’emploi « sous-jacent » avait aussi été plus rapide pour les hommes que pour les femmes. A l’opposé, entre 2012 et 2020, la hausse du taux d’emploi « sous-jacent » des 55-59 ans et des 60-64 ans a été plus forte pour les femmes (respectivement de +7,3 et +13,0 points contre +5,7 et +9,5 points pour les hommes). Pour les 60-64 ans, l’élargissement des conditions de départ anticipé à la retraite pour carrière longue (décret de juillet 2012) a eu un impact beaucoup plus important pour les hommes (la proportion de 60-64 ans en retraite anticipée a augmenté de 9,6 points pour les hommes entre fin 2011 et fin 2017, et de 4,7 points pour les femmes).

L’indicateur est construit par la Dares à partir des enquêtes emploi de l’Insee. Le taux d’emploi d’une classe d’âge est le nombre de personnes en emploi rapporté à la population totale de la classe d’âge. Le taux d’emploi « sous-jacent » est égal à la moyenne arithmétique des taux par âge détaillé : il n’est donc pas pondéré par la taille des différentes cohortes et permet de neutraliser les effets de composition démographique particulièrement importants de 2001 à 2010 avec le passage de la première cohorte du baby-boom (personnes nées en 1946) dans l’ensemble de la classe d’âge des 55-64 ans entre ces deux années.
Au premier trimestre 2013, le questionnaire de l’enquête emploi a été rénové. Les séries de l’indicateur ont été rétropolées afin que les données des années 2003-2012 soient comparables à celles des années ultérieures.

Organisme responsable de la production de l’indicateur : DARES

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