Dépenses et financement
Les prestations de retraite de base ont atteint 288,0 Md€ en 2024 et sont servies par une vingtaine de régimes fortement hétérogènes. Le régime général (y compris ex-RSI) représente plus de la moitié des prestations servies (160,9 Md€) ; en intégrant la MSA salariés – l’autre régime concerné par la Lura1 – ces masses s’élèvent à 168,3 Md€, soit 59 % de l’ensemble des prestations (cf. Graphique 1). Les régimes de la fonction publique (État, collectivités locales et fonction publique hospitalière) ont versé 92,5 Md€ de pensions en 2024. Ainsi, les prestations de retraite des régimes alignés et des fonctionnaires représentent à eux seuls 91 % des prestations de retraite de base.
Les prestations de retraite évoluent selon trois facteurs : un effet prix correspondant à la revalorisation des pensions en moyenne annuelle, un effet volume intégrant les évolutions d’effectifs et un effet structure affectant la pension moyenne (cf. Graphique 2). Ce dernier effet, dit effet « noria », correspond à la différence entre la pension moyenne des nouveaux retraités en 2023 et celle des sortants (décès), qui influe sur la pension moyenne du stock de retraités, hors revalorisation.
Entre 2012 et 2017, à la faveur essentiellement de la réforme des retraites de 2010, a été observé un fort ralentissement du volume des prestations servies par les régimes de base (+1,5 % par an après +2,5 % entre 2009 et 2011). Les flux de départ en retraite ont notamment ralenti jusqu’en 2017 (+1,3 % par an en moyenne pour le flux). Ce ralentissement en volume masque la forte hausse du stock de bénéficiaires de retraite anticipée avec les élargissements successifs suite à la réforme de 2010, au décret du 2 juillet 2012 et à la loi du 20 janvier 2014. De plus, le ralentissement de l’effet prix a contenu les prestations jusqu’en 2017 (avec un gel en 2015 et 2016). En 2018, les prestations versées ont accéléré (+2,5 % en valeur), en lien direct avec la fin du décalage de l’âge légal. La croissance des prestations a également été soutenue par une revalorisation des pensions plus forte (+0,6 %). En 2019, l’effet volume est resté stable mais la revalorisation fixée en LFSS à 0,3 %, plus faible que l’inflation, a conduit à une moindre augmentation des dépenses (2,1 %). L’évolution des dépenses est resté stable en 2020 avec un recul de l’effet volume (lié à une hausse de la durée d’assurance de la réforme de 2014) compensé par une hausse de l’effet prix, bien qu’atténué par la revalorisation différenciée2 des pensions. En 2021, les prestations ont ralenti (+1,7%) suite à une revalorisation des pensions de base limitée à 0,4%, chiffre lié à la faible inflation en 2020, et un effet volume contenu à 1,3%.
En 2022 et 2023 dans un contexte inflationniste, les dépenses sont nettement reparties à la hausse (+4,7% en 2022 et 2023), tirées par une revalorisation en moyenne annuelle de 3,1% en 2022 et 2,8% en 2023 avec la revalorisation anticipée de 4,0% au 1er juillet 2022 votée dans la loi « Pouvoir d’achat » qui a lissé la forte inflation de 2022 (5,3% au sens de l’IPCHT) sur ces deux années. L’effet volume a légèrement augmenté pour atteindre 1,5% en 2022 et 1,8% en 2023. La réforme des retraites de septembre 2023 a eu un effet marginal sur les dépenses des régimes de base en 2023.
En 2024, les dépenses des régimes de base ont encore accéléré (+6,8% après +4,7%) du fait de la forte revalorisation (+5,3% en moyenne annuelle) reflet, du fait des règles d’indexation des pensions, de la forte inflation de 2023 (+4,8% au sens de l’IPCHT). En revanche, l’effet volume a ralenti (+1,4% après +1,8%) en lien avec les premiers effets en année pleine de la réforme des retraites de 2023.
Ces évolutions masquent une hétérogénéité des rythmes entre régimes. La majorité des pensions sont revalorisées en fonction du régime général ; la dispersion des rythmes de croissance entre régimes trouve son origine dans les évolutions différentes des effectifs de pensionnés, résultat de structures démographiques distinctes et d’une progression différente des pensions moyennes3.
Les prestations des régimes alignés ont ralenti en 2020 et 2021 (cf. Graphique 3) et sont reparties à la hausse en 2022 et 2023 pour ralentir à nouveau en 2024 pour s’établir à +2,0%. Les prestations versées par ces régimes ont suivi la même tendance après le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite. Ces prestations progressent toutefois dans des proportions diverses4 : en 2024, elles ont augmenté de 2,0 % en volume pour la Cnav et de 2,4 % pour les salariés agricoles.
Bien qu’en ralentissement par rapport à la période avant réforme, les prestations des régimes de la fonction publique ont conservé une croissance en volume relativement dynamique ; elles augmentent entre 2013 et 2019 aux alentours de +1,0 % par an pour la fonction publique d’État et de 4,0 % par an pour les ex-agents des collectivités locales (CNRACL). La croissance en volume s’était stabilisée entre 2021 et 2023 pour ces régimes avant de ralentir en 2024 : elle s’est élevée en 2024 à 0,3% pour la fonction publique d’État (0,5 pt en un an) et à 2,5% pour la CNRACL (1,3 pt en un an).
Les régimes spéciaux (hors fonction publique) se caractérisaient plutôt par une évolution atone de leurs masses de pensions mais ont connu en 2017 et 2018 une augmentation tirée par un fort effet volume (+1,3 % en 2017 et +1,8 % en 2018). Depuis 2019, elles diminuent en volume (0,2 % en 2019,-1,0% en 2020 et -0,8 % en moyenne depuis 2021) en lien avec la mise en œuvre décalée du relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, qui a débuté en 2017 pour ces régimes spéciaux couplé à la réforme des retraites de 2023.
Bien qu’en léger ralentissement, les prestations des régimes des non-salariés non agricoles (hors ex-RSI) restent dynamiques avec une hausse en volume de 4,2 % en 2024. De fortes disparités subsistent entre les régimes, avec des évolutions très dynamiques pour certains (+4,9% pour les professions libérales), et d’autres qui connaissent une forte chute de leurs prestations (-1,7% pour le régime des cultes).
Enfin, les prestations des exploitants agricoles (2,0 % des prestations) ont diminué en volume d’en moyenne 2,8 % par an entre 2009 et 2024, sous l’effet d’une baisse soutenue de leurs effectifs de pensionnés.
Graphique 1 ● Prestations de retraite entre les différents régimes de base en 2024

Source : CCSS
Graphique 2 ● Effet prix et effet volume des dépenses de prestations retraite pour l’ensemble des régimes de base
Source : CCSS
Graphique 3 ● Évolution des dépenses de prestations retraite par régime

Source : CCSS
1 La Lura implique qu’un assuré qui a cotisé au cours de sa vie active dans plus d’un régime aligné (Cnav, MSA salariés et ex-RSI) liquide la totalité de sa pension au sein du dernier régime d’affiliation.
2 1 % au 1er janvier si la pension mensuelle brute est inférieure à 2 000€, 0,3 % sinon (avec un lissage entre 2 000 et 2 014 €). L’effet en moyenne annuelle sur les droits directs des pensions de base s’élevait à 0,72 %.
3 Bien que la Lura conduise à augmenter les pensions à la liquidation en reflétant désormais la carrière effectuée dans l’ensemble des régimes alignés et, à l’inverse, à diminuer les effectifs de bénéficiaires en minorant les effectifs polypensionnés, ces effets devraient se compenser en considérant les trois régimes et ne devraient pas impacter l’effet volume présenté ici.
4 Y compris ex-RSI
Sources des données :
Les données sont issues des comptes 2009 à 2024 des branches retraites des régimes de base. Les comptes détaillés de ces régimes figurent dans le rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) de juin 2025. Les prestations brutes présentées ici peuvent différer à la marge des prestations nettes présentées dans le cadre de la CCSS.
Construction de l’indicateur :
Les prestations des régimes alignés incluent les prestations servies par le régime général, l’ex-RSI et la MSA s’agissant des salariés agricoles. Ces régimes sont dorénavant regroupés sous la dénomination « régimes Lura ».
Les prestations du régime général excluent les pensions prises en charge pour le régime des industries électriques et gazières (IEG) dans le cadre de l’adossement puisqu’elles sont déjà comptabilisées dans les prestations de retraite versées par la CNIEG.
Les fonctionnaires et ouvriers de l’État incluent la fonction publique d’État et le fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l’État.
La CNRACL correspond au régime spécial des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers.
Le régime agricole inclut uniquement les exploitants agricoles.
Les régimes non-salariés non agricoles sont le régime des professions libérales (CNAVPL), le régime des cultes (CAVIMAC) et le régime du barreau (CNBF).
Enfin, les régimes spéciaux incluent les mines, les IEG, la SNCF, la RATP, les Marins, la Banque de France, le régime des clercs et employés de notaire (CRPCEN), l’Assemblée nationale et le Sénat depuis 2017 et les autres régimes (FSAVCF, Seita, Opéra de Paris, etc.).
Organisme responsable de la production de l’indicateur : DSS
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Synthèse du REPSS - Retraites - Edition 2025
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Données du REPSS - Retraites - Edition 2025
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