1.17. Bénéficiaires de cumul d’une activité avec la retraite

1.17.1. Bénéficiaires de cumul emploi-retraite

Dans le système de retraite français, outre la surcote, incitation financière au recul de l’âge de départ à la retraite (cf. indicateur n°1-11), deux dispositifs visent à favoriser l’activité des seniors.
Le cumul emploi-retraite donne la possibilité aux retraités de reprendre une activité et de cumuler alors les revenus issus de celle-ci avec leur pension. La retraite progressive permet à un assuré en fin de carrière de bénéficier partiellement de sa retraite tout en poursuivant son activité professionnelle à temps partiel. Le cumul emploi-retraite apparaît actuellement comme le dispositif incitatif à la prolongation de l’activité privilégié par les assurés.


Le cumul emploi-retraite (CER) offre aux retraités la possibilité de cumuler une pension de retraite avec des revenus d’activité. Si l’assuré a fait valoir l’ensemble de ses pensions légalement obligatoires  et réunit les conditions pour obtenir le taux plein, il peut cumuler intégralement sa pension avec ses revenus d’activité : il s’agit du dispositif du CER dit « libéralisé ». Si ces conditions ne sont pas remplies, le cumul est en revanche plafonné et soumis à des critères qui varient selon le régime, on parle alors de CER « plafonné ». Selon l’Enquête Emploi en continu de l’Insee, 473 000 assurés recouraient à ce dispositif en 2017, tous régimes confondus. Des données de la Drees montrent que l’essentiel des assurés en CER sont affiliés à la Cnav qui était également leur régime principal avant la retraite (cf. tableau 1). Parmi la génération 1946, 61 % des assurés en situation de CER étaient des assurés du régime général (Cnav) avant et pendant la retraite. 8,4 % de l’ensemble des retraités de cette génération a donc bénéficié d’un CER intra-régime Cnav. Les assurés qui sont affiliés, pour leur reprise d’activité, à un régime différent de celui dont ils dépendaient avant leur retraite représentent 36 % de l’ensemble des bénéficiaires du CER de cette même génération.

Légère baisse des bénéficiaires du cumul emploi-retraite intra-régime général en 2020

Environ 388 000 assurés ont cumulé un report de salaire du secteur privé (hors agricole) en 2020 et une pension du régime général liquidée au plus tard fin 2019 (cf. graphique 1), soit 2,4 % de moins qu’en 2019.
Cette légère diminution est liée à la baisse des effectifs de nouveaux retraités du régime général en 2019 par rapport à 2018. Les effets sur les effectifs de cumulants s’observent avec un décalage d’une ou deux années puisqu’une part importante des nouveaux cumulants sont des retraités des années N-1 et N-2. La diffusion du cumul emploi-retraite parmi les nouveaux retraités continue néanmoins sa progression, sur un rythme plus faible qu’au moment de la montée en charge.
A partir de 2018, la liquidation unique des régimes alignés a un effet sur les effectifs de cumulants : parmi les salariés du secteur privé en 2020, retraités depuis 2017, de l’ordre de 9 000 ont été affiliés au cours de leur carrière au régime général mais bénéficient d’une pension unique MSA ou SSI.
Les bénéficiaires du cumul emploi-retraite au régime général sont pour moitié des femmes, leur part ayant augmenté de 6 points sur la période 2009-2019, passant de 43 % à 49 %. Les retraités cumulant leur pension de retraite avec une activité au régime général sont relativement plus jeunes que la moyenne des retraités de ce même régime : l’âge moyen des cumulant en 2020 est de 68,2 ans, quand celui de l’ensemble des retraités en 2019 est de 74,5 ans. Les salaires perçus au titre de l’activité sont relativement faibles parmi les « cumulants » du régime général : en 2020, en moyenne, les hommes ont perçu un peu moins de 1 000 € par mois contre 550 € pour les femmes. 
La chronique d’effectifs basée sur les reports au compte au régime général ne permet pas de distinguer un salaire d’activité d’une prime de départ liée à l’emploi occupé avant le passage à la retraite. Les retraités concernés par une telle prime ont bien un report au compte après leur départ, mais ne sont pas réellement cumulants. Afin de limiter ce biais, un suivi longitudinal des retraités à compter de 2004 ayant eu un report d’activité après leur passage à retraite a été mis en place. Dans ce suivi, les retraités ayant un salaire uniquement l’année suivant le passage à la retraite et qui est inférieur au salaire annuel validant un trimestre (soit 1 522,50€ pour l’année 2020) sont exclus.
La différence entre les effectifs des deux séries (report au compte simple ou suivi longitudinal) s’explique également par la présence dans la première série de cumulants étant partis à la retraite avant 2004. Pour limiter ce biais, les séries sont présentées depuis 2009. Parmi l’ensemble des cumulants de 2009, 25 % sont partis à la retraite avant 2004. Pour ceux de 2020, cela ne concerne plus que 2,5 % des cumulants. De fait, l’écart entre les séries s’est stabilisée, avec une correction de l’ordre de 5 % depuis 2017, contre 25 % en 2009, que l’on peut attribuer quasi-entièrement à l’impact des primes de retraite. A noter que pour les cumulants de 2020 retraités en 2019, le filtre ne peut être appliqué dans la mesure où l’on ne dispose que d’une année après la liquidation. Afin d’estimer les cumulants réels parmi eux, le pourcentage moyen d’exclus sur les années récentes précédentes est appliqué.

Tableau 1 ● Part des retraités nés en 1946 ayant cumulé un emploi et une retraite, selon le régime principal de retraite et d’emploi

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Source : EIR 2016 – Drees. Repris de Drees (2021), "Les retraités et les retraites".
Champ : Retraités de droit direct d'un régime de base, nés en 1946, ayant liquidé un droit à retraite en 2011 ou avant, résidant en France ou à l'étranger, vivants au 31 décembre 2012
Note de lecture : 13,4 % des retraités de la fonction publique nés en 1950 et ayant liquidé un droit direct en 2015 ou avant (c’est-à-dire à 65 ans ou avant) ont cumulé, pendant une année au moins entre l’année qui suit le départ à la retraite et l’année des 66 ans, une retraite dans la fonction publique avec un emploi salarié dans le privé (CNAV). Cela représente 89 % des cumul des retraités de la fonction publique. Si un retraité cumule un emploi avec une retraite d'un même régime, mais également avec une retraite d'un autre régime, alors la dimension inter-régimes est privilégiée.

Graphique 1 ● Retraités ayant eu un report au compte l’année précédant leur liquidation, et suivi longitudinal corrigé des primes de retraite

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Source : Cnav, base cumulants année n. 
Champ : Dans la série « Ensemble », la base de cumulants en N comprend les retraités de droits propres au 31/12/N-1, vivants au 31/12/N et ayant un report de salaire en N. Dans les séries corrigées (« ensemble », « hommes » et « femmes »), chaque base de cumulants en N comprend les retraités de droits propres au 31/12/N-1, ayant une date d’effet de leur pension au RG en 2004 ou après et validant au moins un trimestre d’activité salariée au régime général en N. 

Autres formes de cumul emploi-retraite

A la fin décembre 2018, environ 190 000 cotisants de la SSI (l’ex-RSI) étaient retraités du Régime général ou de la SSI (cf. tableau 2). Il s’agit d’assurés qui exerçaient alors une activité à la SSI en tant qu'artisan, commerçant ou profession libérale, tout en étant retraités du régime général ou de la SSI. Parmi eux, 53 % étaient retraités du régime général mais non de la SSl (inter-régimes).
Le nombre de cotisants cumulant une activité d’indépendant avec un emploi a augmenté entre 2008 et 2014, profitant notamment de la libéralisation du dispositif intervenue en 2009 et de la création du statut d’autoentrepreneur.
A partir de 2017, les séries sont fortement modifiées :
- Les séries relatives aux travailleurs indépendants de 55 ans et plus sont modifiées du fait de la mise en place de la Liquidation Unique des Régimes Alignés (LURA) à partir du deuxième semestre 2017. En faisant valoir leurs droits à retraite à la SSI, les assurés qui étaient en dernier affiliés à la SSI, deviennent dans les séries statistiques, cumulants retraités uniquement de la SSI, même s’ils ont exercé une activité de salarié du privé ou de salarié agricole. C’est pourquoi les effectifs de cumulants retraités uniquement de la SSI augmentent nettement en 2017 et 2018, et les effectifs de retraités rattachés à la fois au Régime général et à la SSI diminuent sur la même période. 
- Les variations des effectifs de cumulants de 55 ans et plus retraités uniquement du régime général s’expliquent principalement par le statut ou non d’autoentrepreneur. En effet, à compter de 2015, un travailleur indépendant ne peut plus faire valoir ses droits à retraite d’ancien salarié en continuant à acquérir des droits à retraite en tant que travailleur indépendant. De ce fait, depuis 2015, les liquidations de pensions du régime général de la part des travailleurs indépendants sont continuellement en baisse. A l’inverse, l’augmentation entre 2017 et 2018 des effectifs de cumulants retraités du régime général s’explique par la croissance des autoentrepreneurs dans ce groupe de cumulants en raison de l’assouplissement du seuil du régime de l’autoentreprise et de la réduction de la liste des professions libérales non réglementées affiliées à la CIPAV, et dont certains professionnels concernés relèvent désormais du régime de retraite de droit commun des travailleurs indépendants.
- Suite à l’intégration des indépendants au Régime général en 2020, ces derniers ne font plus l’objet d’un suivi particulier. Ils seront insérés dans le champ de l’effectif RG à partir de 2021.  

En matière de cumul emploi-retraite, les règles appliquées aux salariés agricoles sont les mêmes qu’au régime général. Pour les non-salariés agricoles, le cumul emploi retraite libéralisé (intra-régime) est possible depuis janvier 2009 sous les mêmes conditions que les autres régimes et est assorti de quelques conditions favorisant l’installation des jeunes agriculteurs. A la MSA, environ 77 600 assurés ont bénéficié du dispositif en 2020 : 26 300 cotisants exploitants agricoles et 51 300 salariés agricoles percevaient une retraite de la MSA (cf. tableau 3).

Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière (FPT et FPH), 45 100 assurés ayant liquidé leur pension à la CNRACL entre 2004 et 2011 (soit 11 % des retraités de la CNRACL ayant liquidé leur pension depuis 2004) exerçant en 2012 étaient affiliés à la Cnav et/ou à l’Ircantec et/ou à la Carpimko au titre d’une activité (cf. tableau 4). Enfin, dans la fonction publique d’État (FPE y compris militaires), on dénombrait 4 500 bénéficiaires d’un cumul emploi-retraite inter-régime en 2013.

Tableau 2 ● Cumul emploi retraite - actifs SSI (ex-RSI) de plus de 55 ans et retraités de la SSI et/ou régime général

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* Les professions libérales cotisaient à la SSI uniquement au titre la maladie. Ils cotisent à la CNAVPL au titre de la vieillesse. De ce fait, ils ne sont comptabilisés que dans la première ligne
Source : Cnav, ex-RSI. Champ : actifs ex-RSI au 31/12 âgés de 55 ans et plus.
Note : Chiffres arrondis à la centaine près.

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Source : base cumul Carpimko- Cnav-CNRACL-Ircantec, 2012.
Champ: Retraités de la CNRACL ayant pris leur retraite entre 2004 et 2011 et cotisant en 2012.

Sources des données :
Dans la mesure où les règles de cumul sont différentes selon les régimes de retraite de base, il n’est pas possible de sommer les différentes données présentées dans le corps du texte de cet indicateur. Pour les cumulants au régime général, les données, issues de l’appariement des données du SNSP de la Cnav et des DADS, portent donc uniquement sur le cumul d’une retraite au régime général avec un emploi dans le secteur privé. En 2020, il existe une population de travailleurs indépendants ayant une retraite au régime général liquidée avant le 31/12/2019. Bien que ces assurés cotisent au régime général depuis 2020, ils ne sont pas encore intégrés dans les données du graphique 1. A partir de 2021, ces assurés seront intégrés au champ, de même que les indépendants en cumul ayant liquidé à partir de 2020.

Les éléments concernant les assurés de la SSI percevant des revenus et qui avaient liquidé une pension au régime général sont issus d’un rapprochement des données de l’ex-SSI et de la Cnav. La première opération a eu lieu en 2009 pour une situation arrêtée au 31 décembre 2008. L’opération menée en 2013 sur des données de 2012 a donné lieu à une étude publiée en 2014 (Dardier A. et Gaudemer C. (2014), « Actif au RSI et retraité au régime général à fin 2012», n°82, Zoom, RSI, Juillet). En 2015, la base a été constituée sur les données au 31 décembre 2014 sous forme de panel afin de suivre individuellement la situation de cumul emploi-retraite. Cette base anonymisée contient ainsi 995 097 observations d’assurés cotisants à la SSI âgés de 55 ans et plus. 

Les éléments concernant les assurés de la Cnav, de l’IRCANTEC ou de la Carpimko percevant des revenus et qui ont liquidé une pension à la CNRACL sont issus d’un rapprochement des données de la Carpimko, de la Cnav, de la CNRACL et de l’Ircantec en 2012, qui a donné lieu à deux études publiées en 2015 (Bac C., Dardier A. et Bridenne I. (2015), «Les salariés au régime général retraités de la fonction publique hospitalière ou territoriale : une seconde carrière après la retraite ?», n°29, Cadr@ge, Cnav, juin ; Bac C., Bridenne I, Dardier A. et. Micallef P. (2015), « Éclairage sur la reprise d’activité des retraités des fonctions publiques territoriale et hospitalière », n°12, QRS, CDC, juillet).

Evolutions législatives du cumul emploi-retraite :
Avant 2009, le cumul emploi-retraite au sein d’un même groupe de régimes était toujours plafonné.
Au sein du régime général, les assurés pouvaient cumuler le bénéfice de leur pension de retraite avec la perception de revenus d’activité, sous une double condition de rupture du lien avec le dernier employeur avant la liquidation de la pension, et de plafond de ressources. Un retraité ne pouvait reprendre une activité auprès de son dernier employeur qu’à l’issue d’une durée minimale de six mois après la liquidation de la retraite. L’addition des ressources des pensions de base et complémentaires et des revenus d’activité ne pouvait excéder la moyenne des trois derniers salaires bruts mensuels d’activité.
Depuis le 1er janvier 2007, si le montant de 1,6 SMIC est supérieur aux trois derniers salaires, c’est ce dernier qui est retenu.
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 a institué le cumul emploi-retraite libéralisé en supprimant le plafonnement des revenus pour les retraités ayant liquidé toutes leurs pensions des régimes obligatoires de retraite dès lors qu’ils ont atteint l’âge légal de départ en retraite et qu’ils totalisent la durée d’assurance requise pour obtenir une retraite à taux plein, ou qu’ils ont atteint l’âge d’obtention du taux plein. Le retraité qui ne remplit pas toutes les conditions nécessaires au cumul intégral doit remplir les conditions prévues pour le cumul plafonné.
La réforme des retraites de 2014 a modifié les règles du cumul emploi-retraite en supprimant la notion de groupe de régimes et en rendant les cotisations dues dans le cadre de la reprise d’activité non génératrices de droits nouveaux à retraite.
Depuis le 1er avril 2017, lorsque le plafond de revenus est dépassé pour le bénéfice du cumul emploi retraite plafonné, la pension n’est plus suspendue mais réduite à due concurrence.
 

Organisme responsable de la production de l’indicateur : Cnav, DSS

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