1.1. Dépenses de retraite dans le produit intérieur brut

La part des pensions de retraite dans le PIB est stable depuis 2015

Le montant des pensions de retraite rapporté au produit intérieur brut constitue une mesure de la part de la richesse nationale dédiée au versement des retraites. En 2019, le montant des pensions de retraite (des régimes obligatoires de base et complémentaires, ainsi que des régimes supplémentaires non légalement obligatoires) s’élève à 328 Md€, soit un septième du PIB (13,5 %), dont 291 Md€ au titre des pensions de droit direct de base et complémentaires (soit 12 % du PIB) et 37 Md€ au titre des pensions de droit dérivé (soit 1,5 % du PIB) (cf. graphique 1).
Les pensions versées par les régimes de retraite de base représentent plus des deux-tiers de l’ensemble des pensions de retraite, avec presque 239 Md€ en 2019. Les pensions complémentaires de retraite de droit direct, d’un montant total de 85,8 Md€, se partagent entre les pensions versées par les régimes de retraite complémentaire obligatoire (85,5 Md€), et les pensions versées par les régimes de la mutualité et de la prévoyance, qui ne représentent en France qu’une très faible part des pensions de retraite (2,3 Md€ en 2019, soit 0,7 % de ces pensions).
La masse des pensions de droit direct des régimes obligatoires augmente de 2,2 % en euros courants en 2019, soit 0,4 point de moins qu’en 2018 (i.e. hormis pensions supplémentaires servies par les mutuelles et les institutions de prévoyance. Cette croissance s’explique notamment par la tendance à la hausse de l’effectif total des bénéficiaires de droit direct (+1,8 % en 2019, après +1,3 % en 2018), portée par l’arrivée de nouveaux retraités issus des générations nombreuses du baby-boom et par l’allongement continu de la durée de vie. En revanche cet effet démographique est contrebalancé par une revalorisation moindre (+0,3 % en 2019 après +0,6 % en 2018), qui a conduit à ralentir la croissance de la pension moyenne.

Cependant, en tenant compte de l’inflation, l’ensemble des pensions de vieillesse-survie augmente plus vite entre 2019 et 2018 (+0,9 %), qu’entre 2017 et 2018 (+0,5 %)

La masse des pensions de droit dérivé pour l’ensemble des régimes obligatoires diminue de 0,4 % en 2019 en euros constants (contre - 0.9 % en 2018, en raison d’une inflation plus forte en 2018 qu’en 2019).
 

La France se situe parmi les pays européens qui dépensent le plus en termes de richesse nationale pour couvrir le risque « vieillesse-survie »

Sur un champ un peu plus large incluant notamment les prestations liées à la dépendance (voir précisions méthodologiques), Eurostat réalise des comparaisons européennes pour le risque « vieillesse-survie ».
En 2018, les prestations de vieillesse-survie représentent 12,5% du PIB dans l’UE-15 et 12,2 % dans l’UE-28 (cf. graphique 2). L’Italie et la Grèce affichent les niveaux de prestations en parts du PIB les plus élevés (16,3 % et 16 %). La France et le Portugal (14,4 %), suivis de l’Autriche et de la Finlande (respectivement 14,3 % et 13,5 %) présentent aussi une dépense sensiblement supérieure à la moyenne. Parmi les pays qui dépensent moins de 10 % de leur PIB pour les prestations vieillesse-survie figurent l'Irlande, la plupart des « nouveaux États membres » (entrés après le 1er mai 2004) mais aussi le Luxembourg.
Les dépenses de prestations du risque « vieillesse-survie » dépendent à la fois de la part de la population en âge d'être retraitée et du niveau de richesse du pays. Ainsi, les niveaux élevés observés en Grèce, en Italie et au Portugal sont liés, en comparaison à la moyenne UE-15, à une part de la population âgée supérieure et à un PIB par habitant inférieur. À l’inverse, le faible niveau de dépense par rapport au PIB au Luxembourg et en Irlande est lié à la faible part de la population âgée dans la population totale (respectivement 19,6 % et 18,5 %, contre plus de 25 % dans l’UE-28 et l’UE-15) ainsi qu’à un niveau de PIB par habitant très supérieur à la moyenne de l’UE-15 (respectivement 77 000 et 53 400 en standard de pouvoir d’achat [SPA] par habitant, contre 36 200 en moyenne dans l’UE-15). 
Un autre déterminant important de la dépense est le niveau des prestations servies par personne âgée de 60 ans ou plus, très variable entre pays. Ainsi, les prestations par personne âgée sont parmi les plus faibles de l’UE-15 en Irlande, en Grèce et au Portugal à moins de 13 000 SPA. Elles sont également inférieures à la moyenne UE-15 (15 620 SPA) en Espagne et au Royaume-Uni. Les autres pays du nord de l’Europe, ainsi que l’Autriche, les Pays-Bas et la France (18 400 SPA) comptent parmi les pays où les prestations versées par personne âgée sont supérieures à la moyenne UE-15. C’est le Luxembourg qui consacre le niveau de prestations le plus élevé d’Europe par personne âgée (28 940 SPA).

Au-delà des effets de vieillissement, la France et l’Allemagne diminuent leurs efforts envers les personnes âgées

Depuis la crise de 2008, les dépenses de vieillesse-survie augmentent dans tous les pays observés, à l’exception de l’Allemagne, où elles stagnent. Dans les cinq autres pays considérés (cf. graphique 3), la hausse générale des dépenses de « vieillesse-survie » entre 2010 et 2018, résulte largement des effets démographiques du vieillissement sauf en Espagne et en Suède. Durant cette période, l’effort envers les personnes âgées, net des effets démographiques, baisse en France et en Allemagne (−0,7 et −1,3 point), tandis qu’il s’accroît dans les autres pays. En France, cette baisse résulte du relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite et du gel des pensions entre 2014 et 2016. En Allemagne, elle s’explique par les modalités d’indexation du point.
La hausse des dépenses la plus importante est en Espagne où elle dépasse 3 points en raison de la montée en charge des réformes de 2011 et 2013 (carrières plus longues et supplément familial), de l’application du nouvel indice de revalorisation des pensions (plus favorable en période de faible inflation) et de la contraction du PIB.

Graphique 1 ● Part des prestations de retraite dans le PIB

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Sources : Drees-CPS, Insee-Comptes nationaux pour le PIB. 
Champ : régimes de protection sociale (cf. « La Protection Sociale en France et en Europe en 2018 – édition 2020 », Collection « Panorama », Drees, juin 2020).

Graphique 2 ● Montant des prestations de protection sociale couvrant le risque « vieillesse-survie » dans les pays de l’UE en 2018

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Source : Drees-CPS pour la France ; Eurostat-Système européen de statistiques intégrées de la protection sociale (Sespros) pour les autres pays.

Graphique 3 ● Prestations vieillesse survie des plus de 60 ans entre 2010 et 2018

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Source : Drees-CPS pour la France ; Eurostat-Système européen de statistiques intégrées de la protection sociale (Sespros) pour les autres pays – calculs Drees. 

En 2018, parmi les six pays considérés, le niveau de vie médian relatif des personnes âgées est supérieur à celui des personnes d’âges actifs en Italie et en France (ratio de 1,06), ainsi qu’en Espagne (ratio de 1,00). Le taux de pauvreté monétaire de la population âgée de 60 ans ou plus en France (8,4 %) est nettement inférieur à la moyenne des pays de l’UE-28 (16,3 %). A l’inverse, il est supérieur en Allemagne et au Royaume-Uni où le revenu médian des personnes âgées est sensiblement inférieur à celui des moins de 60 ans (respectivement ratio de 0,85 et 0,9).
Mais cette comparaison entre les revenus médians peut cacher d’importantes disparités de conditions de vie. En effet, malgré un taux de pauvreté et un niveau de vie relatif des personnes âgées plus favorable en Italie qu’au Royaume-Uni, le taux de privation matérielle sévère des personnes âgées est nettement supérieur en Italie (7,4 % en 2018), qu’au Royaume-Uni (2,0 %).

Sources des données : 
La masse totale des prestations de retraite est déterminée à l’aide des comptes de la protection sociale élaborés annuellement par la Drees. Le premier graphique présente trois séries ainsi définies :
- la série « pensions de base de droit direct » comprend l’ensemble des pensions de retraite et les avantages complémentaires (majorations de pensions pour enfants, etc.) servies par les régimes de retraite de base (régime général, régimes de base de non-salariés, régimes spéciaux y compris le régime des pensions civiles de l’État), ainsi que les prestations servies au titre des allocations supplémentaires (allocations constitutives du minimum vieillesse, pensions d’inaptitude, pensions d’invalidité des plus de 60 ans…). Elle ne comprend pas les allocations compensant la perte d’autonomie des personnes âgées ;
- la série « autres pensions de droit direct » comprend les pensions complémentaires de droit direct versées par les régimes obligatoires de retraite complémentaire des salariés et des non-salariés ainsi que les pensions supplémentaires de droit direct versées par les mutuelles et les institutions de retraite supplémentaire et de prévoyance. Les prestations vieillesse versées par des sociétés d’assurance ne font pas partie du champ de la protection sociale.

- la série « pensions de droit dérivé » inclut les pensions délivrées aux ayants-droit de pensions de retraite, d’invalidité et d’accidents du travail. Elle exclut les capitaux décès et l’assurance veuvage.

Dans le deuxième graphique, le montant des prestations sociales est exprimé en pourcentage du PIB et en standard de pouvoir d’achat (SPA), unité monétaire fictive de référence utilisée par l’Institut européen des statistiques, Eurostat, pour effectuer des comparaisons en parité de pouvoir d’achat (PPA). Les PPA sont un taux de conversion qui vise à éliminer les différences de niveaux de prix entre pays. Les PPA expriment le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même panier de biens et de services.

Les comparaisons menées par Eurostat et reprises ici dans les graphiques 2 et 3 portent sur un champ plus large que celui représenté dans le premier graphique « prestations de retraite ». Elles incluent aussi le minimum vieillesse, les primes de départ à la retraite, les capitaux-décès versés par les organismes d’assurance (au titre du risque « survie »), les allocations compensant la perte d’autonomie des personnes âgées (dans le cas de la France, il s’agit de l’allocation personnalisée d’autonomie ainsi que de l’allocation compensatrice pour tierce personne et la prestation de compensation du handicap versées aux plus de 60 ans, voir rapport «Autonomie ») et les aides versées dans le cadre de l’action sociale des différents régimes. Il convient de préciser que les dépenses de certains systèmes par capitalisation sont sous-estimées car hors du champ de définition de la protection sociale.

Pour aller plus loin : 
« Les retraités et les retraites – édition 2021 », Drees, Collection Panoramas de la Drees - Social 
« La protection sociale en France et en Europe en 2018 – édition 2020 », Drees, Collection Panoramas de la Drees - Social.
 

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