Objectif n°3 : Garantir les moyens nécessaires au système de santé
La Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 fixe pour objectif de « réduire les grossesses non prévues et non désirées » (axe III, objectif 2) et d’améliorer l’accès à l’IVG, avec un objectif de 90 % des demandes d’IVG prises en charge dans un délai de 5 jours. Dans ce but, la loi du 2 mars 2022 visant à renforcer le droit à l'avortement prolonge notamment le délai légal d’avortement de 12 à 14 semaines de grossesse, pérennise l’allongement du délai de recours à l’IVG médicamenteuse en ville de 5 à 7 semaines de grossesse, et étend la compétence de la pratique des IVG instrumentales aux sages-femmes dans le cadre hospitalier. Cette loi a pour but de garantir l’accès à l’IVG et de pallier les inégalités territoriales dans l’accès à l’avortement, soulignées dans le rapport d’information parlementaire de septembre 2020.
La commission des affaires sociales du Sénat a mené en 2024 une mission d’information sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en France. Son rapport met en évidence des difficultés persistantes et des inégalités territoriales, notamment une concentration rapide de l’offre hospitalière et une offre en ville insuffisante.
Des disparités géographiques importantes sont constatées, avec certaines zones éloignées de plus d’une heure de tout service d’IVG, rendant l’accès particulièrement difficile pour les mineurs et les populations précaires, notamment en milieu rural et en outre-mer. Par ailleurs, la liberté de choix de la méthode abortive est parfois limitée en raison d’une offre insuffisante.
Face à ces constats, la commission a proposé dix mesures pour améliorer l’accès à l’IVG. Elles visent à renforcer l’implication des professionnels de santé en ville, garantir une offre hospitalière complète, mieux évaluer les difficultés d’accès grâce à des indicateurs précis, et améliorer l’information des femmes tout en luttant contre la désinformation en ligne.
En 2023, la France a enregistré 243 600 interruptions volontaires de grossesse (IVG), dont 227 400 en métropole. Le taux de recours atteint 16,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Cette augmentation concerne à la fois la métropole (16,3‰ contre 15,7‰ en 2022) et les départements et régions d'outre-mer (DROM) [31,5‰ contre 30,4‰].
La proportion d'IVG réalisées hors établissement de santé continue de croître, représentant 41 % du total en 2023, soit 100 500 interventions, incluant les téléconsultations et les IVG instrumentales en centres de santé. Les IVG médicamenteuses constituent désormais 79 % de l'ensemble des IVG, réparties entre établissements de santé (48 %), cabinets libéraux (46 %) et centres de santé ou centres de santé sexuelle (6 %). Notamment, les sages-femmes effectuent près de la moitié des IVG en cabinet en 2023.
Des disparités régionales persistent, avec des taux standardisés variant de 12,7‰ dans les Pays de la Loire à 23,2‰ en Provence-Alpes-Côte d'Azur, et de 17,3‰ à Mayotte à 46,7‰ en Guyane. De plus, la proportion d'IVG réalisées hors établissement varie considérablement, de 16,9 % dans les Pays de la Loire à 81,1 % en Guyane. Enfin, plus de huit femmes sur dix effectuent leur IVG dans leur département de résidence, et 95 % au sein de leur région.[1]
En 2023, la majorité des IVG en établissement de santé ont été réalisées entre 5 et 9 semaines d’aménorrhée, avec 77 % d’entre elles effectuées avant 10 SA. En ville, l’extension du délai légal de 7 à 9 SA, introduite en 2020 et pérennisée en 2022, reste difficile à évaluer en raison de l’absence de données précises sur le terme exact des IVG réalisées dans ce cadre. Par ailleurs, le délai légal en établissement de santé a été porté à 16 SA en mars 2022. La part des IVG concernées par cet allongement est estimée à 2,5 % des IVG hospitalières, soit environ 1,5 % du total des IVG, avec une proportion plus élevée dans les DROM (4 %) qu’en métropole (2 %).
Les IVG dites tardives, effectuées après 12 SA, représentent environ une IVG hospitalière sur dix en 2023. La grande majorité, soit 87 %, sont réalisées par voie instrumentale, avec un recours à l’anesthésie dans 93 % des cas, contre 82 % pour l’ensemble des IVG instrumentales. Toutefois, dans certaines régions comme la Normandie, le Grand Est, la Corse, la Guyane et La Réunion, plus de 20 % des IVG tardives sont médicamenteuses.
L’accès aux IVG tardives reste inégal sur le territoire, tous les établissements ne proposant pas ces interventions. Sur 555 structures pratiquant l’IVG, seules 356 réalisent des IVG entre 12 et 16 SA, et 229 acceptent les IVG à 15-16 SA. De plus, l’absence de codes spécifiques dans la classification médicale rend le suivi des IVG tardives plus complexe. Ainsi, bien que l’allongement du délai légal ait permis une prise en charge accrue des IVG tardives, l’offre hospitalière demeure limitée et inégalement répartie, en particulier dans les DROM et certaines régions métropolitaines.[2]
Graphique 1 ● Part des IVG réalisées en hors du lieu de résidence

Source : Données Drees, Nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG), décliné selon différents critères.
Graphique 2 ● IVG réalisées hors du département de résidence pour les régions dont la part est supérieure à la moyenne nationale
Source : DREES, « Interruption volontaire de grossesse », édition 2023
Graphique 3 ● Nombre d’IVG réalisées (en milliers) et part d’IVG médicamenteuses
Source : DREES, « Interruption volontaire de grossesse », édition 2023
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Carte 1 ● Part des IVG réalisées hors du département de résidence en 2023
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Carte 2 ● Délai d'accès moyen à l'IVG, en 2019
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Source : DREES, « Interruption volontaire de grossesse », édition 2023 |
Source: Enquête « Un jour donné », 2019 |
Les données sur le nombre d’IVG réalisées et la part d’IVG réalisée hors du département de résidence proviennent de la publication annuelle de la DREES sur l’IVG.
Pour les IVG hospitalières, le département de résidence est déclaré par la patiente lors de l’hospitalisation. Pour les IVG réalisées hors hospitalisation (en ville), il s’agit du lieu de résidence déclaré à l’Assurance Maladie.
Les IVG pour lesquelles le lieu de résidence est inconnu ont été classées au lieu de leur réalisation lorsque cela était possible à partir de 2017, d'où une diminution du nombre de "non-résidents" par rapport aux années précédentes. Les taux de recours ont été calculés en rapportant les IVG concernant des femmes de 15 à 49 ans (y compris les âges inconnus, sauf pour les indicateurs par âge) aux femmes résidentes de 15 à 49 ans. Il faut noter que pour une part non négligeable des IVG réalisées hors établissements hospitaliers un NIR spécifique anonyme IVG est utilisé et qu'il ne permet de connaître ni l'âge des femmes concernées ni leur département de domicile. Selon les recommandations de la CNAM (circulaire 49/2003) ces IVG ne devraient concerner que des mineures. Le taux de recours est donc probablement sous-estimé parmi les femmes de 15 à 17 ans.
L’enquête « un jour donné » a été conduite entre mai et juillet 2019, à l’initiative du Ministère des Solidarités et de la Santé. Son but était de recueillir des données quantitatives sur le délai d’accès à l’IVG, défini comme le délai entre le premier contact des femmes souhaitant réaliser une IVG avec un professionnel de santé et la réalisation de l’acte.
Les ARS ont sollicité les établissements de santé de leur région réalisant des IVG avec un questionnaire, et ont recueilli le délai d’accès à l’IVG des femmes présentes « un jour donné » pour la réalisation d’IVG médicamenteuse ou instrumentale.
La densité départementale de centres de santé sexuelle a été calculée en fonction du nombre de centres dans chaque département pour 100 000 résidents âgés de 15 à 49 ans.
Pour aller plus loin : « Rapport d’information sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse », 2020, fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes par Mme Battistel et Mme Muschotti, députées.
« Interruptions volontaire de grossesse », publication annuelle de la DREES, édition 2023
« Femmes et hommes, l’égalité en question », publication de l’INSEE, édition 2022
Organisme responsable de la production de l’indicateur : DGS
Intégralité du REPSS - Maladie - Edition 2025
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Synthèse du REPSS - Maladie - Edition 2025
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Données du REPSS Maladie - Edition 2025
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