Objectif n°1 : Développer la prévention

2.2.1. Dépistage organisé des cancers

Finalité

Relayant la stratégie nationale de santé, la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 prévoit de renforcer les programmes de dépistage organisé grâce à des évolutions organisationnelles et technologiques. Elle prévoit également le renfort de la recherche dans le domaine des dépistages afin de disposer de tests plus efficaces, de développer de nouveaux dépistages (cancer du poumon, cancer de la prostate) et d’orienter vers un dépistage plus personnalisé prenant mieux en compte le risque de chaque individu.

Le dépistage précoce des cancers pour lesquels existent un programme de dépistage organisé (sein, col de l’utérus et colorectal) permet, dans de nombreux cas, de limiter la mortalité de ces pathologies. A l’horizon 2025, l’un des objectifs de la Stratégie vise à dépasser les objectifs de couverture recommandés au niveau européen en matière de dépistage des cancers (70 % pour les cancers du sein et du col de l’utérus, 65 % pour le cancer colorectal), notamment en levant les inégalités d’accès et de recours au dépistage (niveau de participation quel que soit l’indice de défavorisation ou la CSP). A cette fin, la Stratégie prévoit la réalisation d’un million de dépistages en plus à cet horizon par rapport aux 9 millions de dépistages environ, réalisés chaque année.

Résultats

En 2020, les taux de participation des programmes de dépistage organisé des cancers du sein et colorectal sont en baisse et atteignent : 43 % pour le cancer du sein (cf. graphique 1) et 29 % pour le cancer colorectal (graphique 3). En 2017-2019, le taux de couverture du dépistage par frottis cervico utérin (FCU) du cancer du col de l’utérus présente une légère baisse (cf. graphique 2). 

2,5 millions de femmes ont été dépistées dans le cadre du programme de dépistage organisé du cancer du sein en 2020, ce qui représente une baisse importante par rapport aux années précédentes (graphique 1). Cette baisse, observée pour toutes les tranches d’âge et dans toutes les régions, est probablement due à plusieurs facteurs liés à la crise sanitaire : fermeture temporaire des Centres Régionaux de Coordination des Dépistages des Cancers (CRCDC) pendant le premier confinement pour une durée variable selon les régions, fermeture des cabinets de radiologie et moindre activité à la réouverture en raison de l’application des mesures sanitaires nécessaires entraînant une limitation de l’accès aux mammographies. Le rôle du médecin traitant dans la participation des femmes au dépistage organisé du cancer du sein est prépondérant. La convention médicale entre la Cnam et les médecins libéraux fixe notamment des objectifs de suivi des patientes âgées entre 50 et 74 ans dans le cadre de la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP, cf. indicateur n°2-9-2).

Graphique 1 ● Dépistage organisé du cancer du sein chez les femmes de 50 à 74 ans (taux standardisés)

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Sources : Données issues des CRCDC et Insee (ELP). Exploitation Santé publique France 2021 (standardisation sur la population française Insee 2009 (projections de population Omphale, scénario central, 2007-2042))

Concernant le cancer du col de l’utérus (graphique 2), le taux de couverture national pour l’ensemble des femmes âgées de 25 à 65 ans est proche de 58,5 % pour la période 2017-2019. La couverture diminue de manière importante avec l’âge à partir de 50 ans pour tomber à 43,9 % chez les femmes de 60-65 ans. On observe des différences géographiques marquées, avec des taux départementaux variant de 38,7 % (Guyane) à 68,1 % (Bas-Rhin). La couverture est particulièrement faible (<45 %) dans les départements et régions d’Outre-mer (à l’exception de La Réunion) ainsi qu’en Seine-Saint-Denis. Les femmes actives, les femmes plus diplômées et plus particulièrement les femmes cadres, ont plus souvent recours au frottis cervico utérin (FCU). 
L’application de la recommandation de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) devrait contribuer à réduire à terme l’incidence de ce cancer, en complément du dépistage par FCU. Cette vaccination est recommandée chez les jeunes filles entre 11 et 14 ans (2 doses). Le rattrapage est possible entre 15 et 19 ans (3 doses). Trois vaccins (Gardasil®, Cervarix® et Gardasil 9®) sont actuellement inscrits au remboursement.

Graphique 2 ● Dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes de 25 à 65 ans (taux standardisés)

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Sources : SNDS/DCIR (tous régimes) et Insee. Exploitation Santé publique France 2021 (standardisation sur la population française de 2015)

La participation au programme de dépistage organisé du cancer colorectal, en baisse constante depuis 2016-2017, continue à diminuer lentement. La Covid-19, qui a conduit à une réduction temporaire des activités de dépistage, n’a pas provoqué de chute brutale de la participation à ce programme (graphique 3). Le taux de participation 2019-2020 reste plus élevé chez les femmes (30 %) que chez les hommes (27,7 %) et augmente avec l’âge (de 25,9 % chez les hommes de 50-54 ans à 33,7 % chez ceux de 70-74 ans et de 27,6 % chez les femmes de 50-54 ans à 34,1 % chez celles de 70-74 ans). Il varie aussi selon les départements. Les taux les plus bas sont observés en Guyane (9 %), en Corse (14,9 %) et à Paris (17 %), et les plus élevés dans le Haut-Rhin (42,9 %), le Bas-Rhin (42,2 %) et le Maine-et-Loire (41,3 %). 
L’amélioration de la participation qui était attendue avec le passage au test immunologique en 2015 ne s’est donc jusqu’à présent pas matérialisée. Le taux de participation reste très inférieur à l’objectif européen minimal acceptable de 45 % (souhaitable : 65 %).

Graphique 3 ● Dépistage organisé du cancer colorectal chez les personnes de 50 à 74 ans (taux standardisés)

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Sources : Données issues des CRCDC et Insee (ELP). Exploitation Santé publique France 2021 (standardisation sur la population française Insee 2009 (projections de population Omphale, scénario central, 2007-2042))


Construction des indicateurs

Le taux de participation au programme national de dépistage organisé rapporte le nombre de personnes ayant réalisé un dépistage dans le cadre de ce programme au nombre de personnes cibles, du sexe et de la classe d’âge considérés.
Pour le cancer du sein et le cancer colorectal, l’indicateur est produit annuellement par Santé publique France à partir du nombre de personnes dépistées dans le cadre du programme de dépistage organisé correspondant, transmis par les CRCDC, et de la population cible transmise par l’Insee.
Précisions pour le cancer colorectal :
-    Les taux de participation sont calculés après exclusion de la population âgée de 50-74 ans des individus identifiés comme étant à risque élevé de cancer colorectal ;
-    Pour la période 2013-2014, les données sont incomplètes en raison de l’arrêt anticipé des invitations dans certaines structures de gestion au cours du dernier trimestre 2014;
-    En raison du changement de test intervenu en 2015, les taux pour 2014-2015 et 2015-2016 ne sont pas présentés ;
-    A partir de la période 2018-2019, les taux sont estimés par rapport aux estimations localisées de population (ELP) de l'Insee. Il a été vérifié que ce changement de population de référence n'entrainait pas de rupture de tendance.

Pour le cancer du col de l’utérus, le taux calculé est le taux de couverture du dépistage du cancer du col de l’utérus par FCU, dont la source utilisée a évolué avec le temps.
Sur la période 2006-2013, la source est l’échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB ). L’indicateur constitue le rapport entre :
-    le nombre de femmes de 25 à 65 ans assurées sociales affiliées au régime général (hors sections locales mutualistes SLM) et appartenant à l’EGB pour la France entière (hors Mayotte), ayant réalisé au moins un FCU au cours de la période (i.e. repérées à partir de la liquidation des codes CCAM, P55 et bio0013) ; 
-    et le nombre de femmes de 25 à 65 ans (population de référence de l’EGB).
Sur la période 2014-2019, la source est le Système national des données de santé/Datamart de consommations inter-régimes (SNDS/DCIR). L’indicateur constitue le rapport entre :
-    le nombre de femmes de 25 à 65 ans assurées sociales affiliées aux régimes présents dans le SNDS/DCIR (régime général, RSI, MSA, sections locales mutualistes SLM, …) pour la France entière, ayant réalisé au moins un FCU au cours de la période (i.e. repérées à partir de la liquidation des codes CCAM, P55 et bio0013) ; 
-    et le nombre de femmes de 25 à 65 ans au cours de la même période (population de référence Insee).
L’utilisation due la source SNDS/DCIR permet de produire des estimations basées sur des données exhaustives individuelles (tous régimes), plus fiables que celles réalisées précédemment. Le changement de source d’estimation induit une rupture de tendance de l’indicateur. En conséquence, les tendances à partir de 2014 ne peuvent pas être comparées avec les périodes précédentes.

Pour aller plus loin :
Taux de participation au programme de dépistage organisé du cancer du sein 2019-2020 et évolution depuis 2005, Santé publique France (2021).
Dépistage du cancer du col de l'utérus : données 2017-2019, Santé publique France (2021). 
Programme de dépistage organisé du cancer colorectal, Santé publique France (2021).
Bouvier AM, et al. (2018), Stade au diagnostic des cancers du sein, du côlon et du rectum, Boulogne Billancourt : Institut national du cancer, 40 p.
 

Organisme responsable de la production de l’indicateur : ANSP Santé Publique France

Téléchargements complémentaires