Objectif n°5 : Renforcer l’efficience du système de soins et développer la maîtrise médicalisée des dépenses

2.10.6. Consommation d’antibiotiques en ville

Finalité

La forte consommation d’antibiotiques se traduit par une diminution de l’efficacité de ces médicaments, en raison du développement de résistances. C’est pourquoi la maîtrise de la consommation d’antibiotiques est une priorité de santé publique, tout autant qu’un enjeu de la régulation des dépenses de santé.

Au cours des deux dernières décennies, des efforts ont été déployés dans le monde entier pour optimiser l'utilisation des antibiotiques comme moyen de lutter contre l'augmentation de la résistance aux antibiotiques. Cette résistance est considérée comme l'une des plus grandes menaces pour la santé publique dans l'UE/EEE, avec des niveaux élevés de résistances signalés pour plusieurs espèces bactériennes importantes et entraînant environ 33 000 décès attribuables à des infections par des bactéries résistantes aux antibiotiques chaque année. En France, selon l’étude réalisée par Santé Publique France sur la « Morbidité et mortalité des infections à bactéries multi-résistantes aux antibiotiques en France », le nombre de décès imputables aux bactéries multi-résistantes (BMR) s’élevait à 12 500 en 2012 et le nombre d’infections à BMR survenues était de 158 000. C’est dans ce contexte que le Comité Interministériel pour la Santé a défini en 2016 une feuille de route consacrée à l’antibiorésistance, qui se décline en 13 grandes mesures interministérielles et 40 actions, dont les suivantes :
- Sensibilisation et communication auprès du grand public et des professionnels de santé ;
- Formation des professionnels de santé et bon usage des antibiotiques ;
- Recherche et innovation en matière de maîtrise de l’antibiorésistance ;
- Mesure et surveillance de l’antibiorésistance ;
- Gouvernance et politique intersectorielles de maîtrise de l’antibiorésistance.

En juin 2017, la Commission européenne a adopté plan d'action européen « One Health » contre la résistance antimicrobienne afin d'aider l'UE et ses États membres à proposer des solutions innovantes, des réponses efficaces et durables à la résistance antimicrobienne. L'une des clés de ce plan est de promouvoir l’utilisation prudente d'antimicrobiens, surveillée par un nombre limité d’indicateurs déjà collectés permettant de mesurer les progrès et l’efficacité des mesures des politiques mises en œuvre.

Résultats

En France, l’exposition aux antibiotiques en médecine de ville a diminué depuis la mise en place, au début des années 2000, du premier « Plan national pour préserver l'efficacité des antibiotiques ». La consommation en 2020 a atteint 18,7 doses définies journalières (DDJ) pour 1000 personnes et par jour. Au cours de ces dix dernières années, la consommation s’était stabilisée, avec une légère tendance à la baisse (-7,4 %) entre 2017 et 2019.

Tableau 1 ● Consommation d’antibiotiques en France par classe d’antibiotiques

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Source : HAS - Résultats nationaux des campagnes e-Satis +48h MCO 2020 - Résultats nationaux des campagnes e-Satis CA 2020

En raison de la crise sanitaire et grâce à l’application la plus stricte des gestes barrières contribuant à une moindre circulation des affections virales et bactériennes saisonnières, les résultats de l’année 2020 affichent une baisse de 25,3 % par rapport à 2010. La consommation atteint ainsi l’objectif de réduction de consommation de 25 % en cinq ans, fixé lors du 3ème plan national d’alerte sur les antibiotiques (2011-2016) réitéré en 2016 pour les 5 années suivantes. Ces résultats encourageants sont susceptibles de connaitre de fortes évolutions pour les années à venir.
La structure de la consommation n’a pas été modifiée : la part des Bêta-lactamines, pénicillines a régulièrement augmenté et représentait en 2020 près de 54 % de la consommation d’antibiotiques en ville. Au sein de cette classe, les pénicillines à large spectre (essentiellement l’amoxicilline) constituaient à elles seules plus de 32 % des consommations. Dans tous les pays européens, quel que soit leur niveau de consommation, les pénicillines constituent la classe d’antibiotiques la plus utilisée.
Par ailleurs, la consommation des céphalosporines a diminué. Il est très probable qu’une partie des prescriptions se soit reportée sur les pénicillines. Une évolution encore plus marquée caractérise les macrolides et les quinolones, dont l’usage a fortement diminué, que l’on raisonne en nombre de DDJ/1000 habitants ou en part de consommation.
En ce qui concerne la dépense engendrée par la consommation d’antibiotiques, la part des génériques y est prépondérante. En 2020, selon les données de Medic’am, les génériques représentaient 84,1 % du nombre total de boîtes d’antibiotiques remboursées par l’ensemble des régimes d’assurance maladie et les antibiotiques ne représentaient que 2,2 % du montant total de la dépense de médicaments délivrés en ville et remboursés.

Tableau 2 ● Consommation d’antibiotiques en Europe (secteur ville)

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Source : ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control –Centre européen de contrôle et de prévention des maladies. Surveillance of antimicrobial consumption in Europe) et ANSM (pour les données françaises).
Note : ND = non déterminé ; DDJ = « Dose définie journalière » (cf précisions méthodologiques) Note de lecture : La France est passée de 25,2 doses définies journalières pour 1 000 habitants en 2009 contre 23,3 en 2019

Au cours des dix dernières années, la consommation d’antibiotiques a évolué dans de nombreux pays mais aucun changement majeur n’a été observé dans la cartographie des consommations en Europe. Ce sont les mêmes pays qui se caractérisent par le niveau modéré de leur consommation d’antibiotiques (à savoir entre autres le Pays-Bas, la Suède et l’Allemagne). Des niveaux élevés de consommation sont également observés dans les mêmes pays, en début comme en fin de période (la Grèce et dans une moindre mesure la France). La relative stabilité des consommations en Europe semble indiquer que, dans chaque pays, le poids respectif des nombreux déterminants de la prescription pharmaceutique évolue peu au fil des années.
Ce constat s’applique particulièrement à la situation française. Il n’en demeure pas moins qu’en 2019, la France se situe toujours parmi les pays les plus consommateurs d’Antibiotiques.

La mesure de la consommation d’antibiotiques en France, est exprimée en doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 personnes et par jour. Initiée par les pays scandinaves, puis reprise par l’Organisation Mondiale de la Santé, la « Dose Définie Journalière », a pour objectif de favoriser les comparaisons internationales en éliminant les difficultés de mesure liées à l’hétérogénéité des tailles de conditionnement et aux différences de dosage des médicaments d’un pays à l’autre. Le calcul des DDJ repose sur la détermination préalable d’une dose quotidienne de référence pour un adulte de soixante-dix kilos dans l’indication principale de chaque substance active. Cette dose moyenne - établie de façon consensuelle - ne reflète pas nécessairement la posologie recommandée par l’AMM ni la posologie effective : elle constitue avant tout un étalon de mesure. Chaque présentation d’un médicament peut ainsi être convertie en nombre de DDJ. Dès lors, si le nombre total de boîtes vendues au cours d’une année est connu, la consommation exprimée en nombre de DDJ peut être calculée pour chaque substance active. Les regroupements de médicaments peuvent alors être effectués selon leur indication thérapeutique et leur caractéristique chimique déterminés par la classe ATC (Anatomical Therapeutic Chemical Classification System) contrôlé par l’OMS. Pour tenir compte des différences de population d’un pays à l’autre, le nombre de DDJ est divisé par le nombre total d’habitants (enfants compris) et les résultats sont présentés pour mille habitants et par jour. Les résultats présentés ici ont été calculés à partir des données de ventes déclarées chaque année à l’ANSM par les exploitants de spécialités pharmaceutiques. Elles ont été rapportées à la population française (départements d’outremer inclus) en milieu d’année. Ce sont ces données annuelles, exprimées en nombre de DDJ, qui sont transmises au Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC).

Organisme responsable de la production de l’indicateur : ANSM

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