Objectif n°3 : Favoriser la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle

2.9.1. Taux d’emploi des femmes et des hommes en France et dans l’Union Européenne

Finalité

Lors du Conseil européen de mars 2010, visant une croissance économique « intelligente, durable et inclusive », il a en particulier été considéré que l’objectif général de ces mesures était d'augmenter le taux d'emploi global de l'Union européenne à 75 %. Sur la base de ces recommandations, la France s’était fixé un objectif spécifique dans le cadre du programme national de réforme de la France 2011-2014 : atteindre un taux d’emploi des femmes de 70 % en 2020. Si la cible n’a pas été tout à fait atteinte en 2020 en raison de la crise économique liée à la pandémie mondiale (69,3 %), elle l’a été en revanche en 2021 (70,2 %).
Dans le cadre du plan d’action pour la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, présenté par la Commission Européenne en mars 2021, les Etats Membres, réunis lors d’un sommet à Porto en mai 2021, ont fixé un nouvel objectif consistant à atteindre fin 2030 un taux d’emploi des 20 à 64 ans d’au moins 78 %. La France a endossé cet objectif pour en faire un engagement national. En revanche, la France n’a pas à ce jour d’objectif spécifique concernant l’emploi des femmes.
Comme le rappelle aussi le Conseil de l’Europe, l’égalité entre les femmes et les hommes implique, notamment, une participation égale dans tous les domaines de la vie publique et privée, c’est la raison pour laquelle nous nous intéressons également, ici à l’éloignement à l’emploi de l’un ou l’autre des parents dans l’articulation de leur vie professionnelle et familiale. Par éloignement à l’emploi sont comprises toutes les situations différentes du temps complet, soit les parents inactifs ou en congé long, au chômage, et en emploi à temps partiel choisi ou contraint du fait d’un investissement familial.

Résultats

Le taux d’emploi des femmes âgées de 20 à 64 ans en France s’établit à 71,2 % en 2022, poursuivant la tendance à la hausse observée depuis 2011, si l’on fait abstraction de l’année 2020, marquée par la pandémie, d’autant que la baisse des taux d’emploi en 2020 concerne tant les hommes que les femmes, et ce partout en Europe. 

Graphique 1 ● Taux d’emploi des femmes et des hommes âgés de 20 à 64 ans en France, entre 2000 et 2022
 
Source : Eurostat.
Champ : France métropolitaine jusqu’en 2014 puis France entière hors Mayotte à partir de 2014 inclus.
Note : rupture de série, la prise en compte depuis 2014 des DROM dans le calcul des taux d’emploi en France rend la comparaison des taux d’emploi de 2014 à 2022 avec les années antérieures délicate.

Après plusieurs années d’augmentation entre 2000 et 2008, ce taux avait diminué de 2008 à 2011, principalement en raison de la crise financière et économique qui a touché la France à partir de la fin 2008. Il convient de noter que les taux d’emploi entre 2013 et 2014 ne sont pas comparables en niveau en raison du changement de champ méthodologique : avant 2014 les taux d’emploi ne concernaient que la France métropolitaine alors que depuis 2014, ceux-ci concernent la France entière hors Mayotte. Les interprétations s’effectueront de manière distincte avant 2014 et après 2014. Ainsi, jusqu’en 2021, on observe depuis 2014 une hausse positive et régulière du taux d’emploi des femmes, à hauteur d’un gain d’environ +0,6 point par an.
En ce qui concerne les hommes, le taux d’emploi est plus élevé, il s’établit à 77 % en 2022, en hausse de 1,7 point par rapport à 2019. Après être resté relativement stable entre 2000 et 2008, à près de 75,4 %, il a connu à partir de 2009 un décrochage plus important que celui des femmes, imputable également à la conjoncture économique. Depuis 2014, on observe une amélioration significative du taux d’emploi des hommes sur le champ de la France entière.
Le différentiel de taux d’emploi entre hommes et femmes s’élève à 5,8 points en 2022, soit une diminution de 1,4 point par rapport à 2019. Alors que cet écart avait nettement diminué entre 2000 et 2008, la période 2008-2012 avait marqué une pause. Depuis 2015, l’écart hommes/femmes connaît une évolution alternant des années de hausse entre 2015 et 2017 (de 0,7 point), puis trois années de baisse entre 2018 et 2020. Alors que la réduction de la période 2012-2015 était davantage due au recul du taux d’emploi des hommes qu’à l’augmentation de celui des femmes, la baisse de 0,9 point entre 2017 et 2020 est imputable à une amélioration du taux d’emploi des femmes (+1,2 point) et une quasi-stagnation du taux d’emploi des hommes (+0,3 point). La crise liée à la pandémie a eu relativement plus d’effet sur le taux d’emploi des hommes que sur celui des femmes. Le taux d’emploi des femmes évolue depuis plus rapidement que celui des hommes (respectivement +3,1 point de pourcentage et +1,7 point de pourcentage entre 2019 et 2022).
Avec un taux d’emploi des femmes de 71,2 % en 2022, la France a un niveau supérieur à la moyenne européenne (69,3 % pour l’UE). En revanche, le taux d’emploi des hommes en France est inférieur de 3 points à celui de l’UE (respectivement 77 % et 80 % - cf. graphique 2).
Le taux d’emploi des femmes varie fortement au sein de l’UE : un peu plus d’une femme sur deux est en emploi en Italie et en Grèce tandis que près de 4 femmes sur 5 le sont en Suède et en Estonie. Le taux d’emploi des femmes est plus élevé dans les pays nordiques (notamment en Finlande et Suède) avec un taux avoisinant les 80 % et plus faible dans les pays du Sud de l’Europe et de la Méditerranée, avec moins de 65 % des femmes en emploi, à l’exception de Chypre (72,1 %) et du Portugal (74,3 %). Il est aussi relativement faible dans les pays de l’Est de l’Europe, nouvellement intégrés à l’Union Européenne, hormis certains pays comme la Lituanie et l’Estonie qui affichent un taux d’emploi féminin supérieur à 78 %.

Graphique 2 ● Taux d’emploi des 20-64 ans en Europe en 2022
 

Champ : personnes de 20 à 64 ans.
Source : Eurostat.

Graphique 3 ● Part du temps partiel dans l'emploi de 1982 à 2022
 
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, de 15 ans ou plus en emploi
Note de lecture : 17,3 % des salariés travaillent à temps partiel dans leur emploi principal en France, en 2022.
Source : Insee, enquête Emploi 2022, séries longues sur le marché du travail.


Parmi les personnes en emploi, en 2022, 4,1 millions de salariés exercent leur emploi principal à temps partiel (soit 17,3 % des salariés. L’accélération de la hausse du temps partiel dans la masse salariale, dans les années 1990, s’est produite parallèlement à la hausse du chômage et s’explique aussi par des politiques publiques incitant à l’embauche à temps partiel dans les entreprises. Depuis 2014, la proportion de salariés à temps partiel diminue de 2,9 points de pourcentage. En 2022, 26,5 % des femmes occupent un temps partiel, contre 8,4 % des hommes, bien que le taux de temps partiel des hommes augmente depuis les années 2000, là où celui des femmes diminue depuis 2014. A noter que la part du temps partiel des femmes s’accroit dès l’arrivée d’un premier enfant, et davantage à l’arrivée du deuxième enfant. Tandis que la part de temps partiel des hommes diminue avec l’arrivée d’enfant(s). Ainsi 30,8 % des femmes salariées avec deux enfants à charge travaillent à temps partiel, contre 5 % des pères salariés. 
Bien que le taux d’emploi des femmes augmente progressivement, l’éloignement à l’emploi pour des raisons familiales est bien plus important pour les femmes, impliquant que l’articulation entre vie familiale et professionnelle repose plus fortement sur les mères. En 2021, dans 42 % des couples avec enfant(s) de moins de 6 ans, la mère est plus éloignée de l’emploi que le père, tandis que la situation inverse est beaucoup plus rare (8 %). Dans l’autre moitié des cas, les deux parents sont dans une situation d’emploi similaire (49 %), la plupart du temps en emploi à temps complet (46 %). 
15,7 % des mères déclarent d’ailleurs être sans emploi pour des raisons liées aux enfants, contre 3,7 % des pères. (cf. graphique 4). Par ailleurs, les mères sont beaucoup plus souvent à temps partiel pour une raison principalement liée aux enfants (15,5 % contre 1,2 % des pères). Des disparités existent également selon la catégorie socio-professionnelle, puisque certaines situations de non-emploi peuvent parfois être contraintes pour des raisons financières ou des conditions d’emploi rendant difficile la conciliation d’une vie professionnelle et familiale. Par exemple, dans les couples où la mère est employée ou ouvrière, la mère est plus éloignée de l’emploi que le père dans 49,5 % des cas, contre dans 22,9 % des cas lorsque la mère est cadre. Au sein de ces mêmes couples, les deux parents exercent à temps complet dans respectivement 37,2 % et 67,7 % des cas.

Graphique 4 ● Situation d’emploi des couples en lien avec les enfants ou non, pour les mères et les pères en 2021
 
Note de lecture : Les mères sont 15,7 % à être sans emploi (chômage, inactive, congé long) en citant au moins une raison en lien avec les enfants, contre 3,7 % des pères, et 15,5 % à être à temps partiel principalement pour une raison en lien avec les enfants, contre 1,2 % des pères.
Champ : Mères et pères ayant déjà été en emploi, dans un couple hétéroparental vivant ensemble avec au moins un enfant de moins de 6 ans, sans recomposition familiale récente (tous les enfants de moins de 15 ans du ménage sont les enfants du couple), hors congé de maternité ou de paternité, France métropolitaine.
Source : DREES, enquête Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants 2021.

 

Construction de l’indicateur
Les classes d’âges visées par l’engagement européen sont constituées des personnes âgées de 20 à 64 ans. Le taux d'emploi est obtenu en divisant le nombre de personnes occupées âgées de 20 à 64 ans par la population féminine totale de la même tranche d'âge, globalement et par genre. Ces indicateurs sont issus de l'enquête communautaire sur les forces de travail (EFT), qui couvre l'ensemble de la population vivant dans des ménages privés. Au sens de cette enquête, la population occupée comprend les personnes qui, durant la semaine de référence et pendant une heure au moins, ont accompli un travail pour une rémunération ou un profit ou qui, n'ayant pas travaillé, avaient néanmoins un emploi dont elles étaient temporairement absentes.

Précisions méthodologiques
Les données proviennent d’Eurostat. L’enquête communautaire sur les forces de travail sur laquelle se fonde l’indicateur ne couvre pas le champ des personnes vivant dans des ménages collectifs (pensions, cités universitaires, établissements hospitaliers). Les notions de taux d’emploi obtenues grâce à l’enquête sont uniformisées au niveau européen afin de présenter des valeurs comparables d’un pays à l’autre. Elles peuvent toutefois différer des notions usuellement retenues par les instituts statistiques des États membres et entraîner de ce fait des écarts avec les sources nationales. La comparaison des taux d’emploi des différents pays présente par ailleurs une limite importante dans la mesure où ces taux sont construits par agrégation de valeurs sensiblement variables selon l’âge alors que les situations démographiques des pays de l’Union peuvent différer. 
L’enquête Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants de 2021, réalisée par la DREES en partenariat avec la CNAF, la CNSA, la Dares et France Stratégie, est la quatrième édition de l’opération après celles menées en 2002, en 2007 et 2013. Son champ couvre les ménages vivant en France métropolitaine ayant au moins un enfant de moins 6 ans. La collecte s’est déroulée du 1er octobre 2021 au 9 février 2022, en face à face ou par téléphone, auprès d’environ 9 000 ménages. L’objectif principal de l’enquête est de dresser un panorama des solutions adoptées par les parents pour la garde et l’accueil de leurs enfants. La présente étude s’intéresse aux stratégies des couples dans l’organisation familiale, qui se mettent en place dès le premier enfant et peuvent évoluer avec l’agrandissement de la famille. Elle se centre ainsi sur les familles sans recomposition récente (tous les enfants de moins de 15 ans du ménage sont les enfants du couple). Par ailleurs, l’objectif de l’étude étant d’éclairer des inégalités de genre, elle se concentre sur les couples hétéroparentaux. Enfin, les foyers au sein desquels un des parents est en congé de maternité ou de paternité sont exclus, car il s’agit d’une période transitoire qui ne permet pas d’évaluer les choix dans les stratégies de couple.

Pour aller plus loin :
« L’articulation entre vies familiale et professionnelle repose toujours fortement sur les mères ». Drees, Études et résultats, N° 1298.

Organisme responsable de la production de l’indicateur : DSS

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