Le champ des professionnelles1 de l’autonomie recouvre une grande diversité de métiers et de secteurs d’intervention, concentrés majoritairement sur l’accompagnement des personnes âgées (PA) et/ou en situation de handicap (PH). Parmi elles se trouvent des aides à domicile, infirmières, personnels paramédicaux, psychologues, aides-soignantes, etc.
Ces professionnelles sont couramment distinguées par lieu d’intervention : à domicile ou en établissement, et par statut juridique de la structure : public, privé lucratif, privé non-lucratif (associatif) (voir Tableau 1).
Le vieillissement démographique, l’allongement de l’espérance de vie, ainsi que la volonté accrue de « vieillir chez soi »2, combinés aux besoins constants d’accompagnement des PH, créent une forte demande en personnel, en particulier pour l’accompagnement à domicile.
Cette fiche propose un panorama général des professionnelles de l’autonomie. Les contours du champ du soutien à l’autonomie et les métriques de dénombrement des professionnels ne font pas consensus dans les travaux académiques, et nécessitent donc de procéder à des choix conventionnels, dont les limites seront présentées (voir encadré « Précisons méthodologiques »).3
1 Les femmes étant très majoritaires dans ces métiers, les professions sont féminisées dans cette fiche.
2 Baromètre d’opinion, DREES
3 « Accompagnement professionnel de la dépendance des personnes âgées », Dossier de la DREES, p.14-35, n°51, mars 2020. | Cette publication traite des différentes méthodes utilisées pour mesurer les besoins et l’activité relatifs à l’accompagnement de la dépendance.
L’aide à l’autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap ne fait l’objet d’aucune définition stricte. Enquêter sur les professionnelles concernées et tenter de les recenser implique donc de délimiter un périmètre d’étude conventionnel1. Si le personnel de direction, de gestion d’administration, le personnel des services généraux, le personnel médical ainsi que les agents de service, sont intégrés au champ de l’autonomie dans le rapport dit « Libault »2, ce n’est pas le cas dans les publications de l’Institut des politiques publiques (IPP) ou de la Direction de la recherche, des études, des évaluations et des statistiques (Drees), qui excluent le personnel administratif, les professionnels médicales, ainsi qu’une partie des intervenantes des services d’aide à domicile (SAAD) chargées uniquement de l’entretien du logement, et les employées à domicile ne disposant pas du statut d’aide à domicile. Pour des raisons de disponibilité des données, le dénombrement proposé dans cette fiche est réalisé sur le champ restreint retenu par l’IPP et la Drees.
Le total d’ETP pour les professions d’intervention auprès des PH est estimé à 204 000 en 2022, dont 182 000 ETP exerçant en établissement et 22 000 à domicile (Sessad, SAVS, Samsah3).
Le total d’ETP pour les professions d’intervention auprès des PA est estimé à 515 000 en 2019, dont 262 000 en établissement et 253 000 à domicile (Sapa ou emploi direct et mandataire, SSIAD, infirmières libérales, HAD4).
Mesurer l’offre de services sanitaires et médico-sociaux – qu’ils soient à domicile ou en établissement, à destination des personnes âgées ou en situation de handicap – ne peut consister à sommer les effectifs d’ETP intervenant auprès des PA à ceux intervenant auprès des PH. En effet, il existe un risque de double comptage d’ETP : une même professionnelle de l’aide à l’autonomie peut intervenir à la fois auprès de PH et de PA, alors que les mesures d’ETP sont réalisées dans des enquêtes menées séparément, parfois à partir d’un dénombrement d’heures d’aides humaines et parfois à partir d’un dénombrement d’emplois. Cette situation souligne la nécessité d’harmoniser les méthodes de mesure. C’est notamment l’objectif poursuivi par la Drees à travers son enquête BADIANE5, dont le champ d’observation – actuellement restreint aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) – devrait progressivement être étendu à l’ensemble des structures intervenant auprès des personnes âgées, adultes et enfants handicapés.
Tableau 1 ● Effectifs des professionnelles de l’autonomie (en ETP)

Champ : Offres à destination des PA et PSH, France entière hors Mayotte.
Sources : Insee, DADS 2019 ; DGE, NOVA 2019 ; ATIH, tableau de bord 2020 ; CNAMTS, SNDS 2019 ; DREES, SAE 2019, Finess 2019, EHPA 2019, Badiane 2019, ES-H 2022.
1 Amélie Carrère, "L'accessibilité potentielle localisée à la prise en charge de la perte d'autonomie des personnes âgées : approche territoriale" Working Papers halshs-04439368, HAL, 2024. | Cette publication propose une mesure des écarts de dénombrement d’ETP selon la méthode et le périmètre retenus.
2 Dominique Libault, « Rapport de la concertation grand âge et autonomie », 2019.
3 Sessad : Services d’éducation spéciale et de soins à domicile ; SAVS : Services d’accompagnement à la vie sociale ; Samsah : Services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés.
4 Sapa : Services procurant une assistance aux PA ; SSIAD : Services de soins infirmiers à domicile ; HAD : Hospitalisation à domicile.
5 Base interadministrative annuelle des ESMS.
La part des professionnelles sous contrat public varie peu selon le profil accompagné. Pour celles exerçant auprès des personnes en situation de handicap, cette part se situe entre 28 % (PH enfants) et 37 % (PH adultes). Le taux pour les personnes âgées est quant à lui de 33 %.
En revanche, les écarts sont beaucoup plus marqués selon le lieu d’intervention. Dans le champ des personnes âgées, 58 % des ETP en établissement relèvent du secteur public, contre 7 % à domicile. Inversement, le secteur privé lucratif représente 64 % des ETP à domicile et 18 % en établissement.
Par ailleurs, la répartition des ETP entre l’intervention à domicile ou en établissement est davantage à l’équilibre pour les offres à destination des PA (51 % des ETP en établissement, contre 49 % à domicile) que pour les offres à destination des PH (89 % en établissement, 11 % à domicile).
Dans cette partie, le champ est élargi, incluant notamment le personnel administratif, le personnel médical et les agents de service.
Un secteur largement féminisé. Les métiers de l’autonomie sont très majoritairement exercés par des femmes. Dans les établissements et services destinés aux personnes en situation de handicap, les femmes représentent en moyenne 75 % des effectifs. Cette proportion est encore plus grande dans les établissements accueillant des personnes âgées, où 87 % des professionnels sont des femmes.
Des fonctions centrées sur le soin et l’accompagnement. Dans les établissements dédiés aux personnes âgées, près de la moitié des ETP (49 %) sont occupés par des professionnelles du soin : psychologues, personnels paramédicaux et soignants. Parmi ces ETP PA, les aides-soignantes représentent à elles seules 35 % des ETP, suivies par les infirmières (10 %). Du côté des PH, il est pertinent de distinguer l’offre selon le public accompagné. Parmi les ETP intervenant auprès des PH adultes, 20 % d’entre elles exercent la fonction d’aide médico-psychologique. Parmi les ETP intervenant auprès des PH enfants, 33 % d’entre elles exercent la fonction d’éducatrices.
Ces chiffres illustrent le poids central des fonctions d’accompagnement au quotidien, tant sur le plan physique que psychologique, dans la prise en charge des personnes âgées et/ou en situation de handicap.
L’âge moyen des professionnelles de l’autonomie témoigne d’une population relativement plus âgée que le reste des salariés1, mais aussi d’un enjeu de renouvellement des effectifs. Dans les établissements et services pour PH, plus de la moitié des professionnelles ont plus de 44 ans. Du côté des établissements pour personnes âgées, l’âge moyen varie entre 42 ans et 47 ans selon les fonctions exercées, contre 42 ans pour l’ensemble restant des salariés. Les psychologues, personnels paramédicaux et soignants sont en moyenne plus jeunes, tandis que le personnel d’encadrement affiche des âges plus élevés.
Par ailleurs, l’ancienneté sur le poste varie sensiblement selon que les professionnelles interviennent auprès de PA ou de PH. Dans les établissements pour PA, en 2019, 35 % des professionnelles en poste avaient plus de 10 ans d’ancienneté, 54 %, plus de 5 ans d’ancienneté, 17 % seulement étant en poste depuis moins d’un an, traduisant une relative stabilité. Du côté des PH, la situation est plus contrastée : si plus de la moitié des professionnelles ont également plus de 5 ans d’ancienneté, près de 30 % étaient en poste depuis moins d’un an en 2022. Cette proportion plus élevée de nouveaux arrivants peut refléter une plus grande mobilité ou renouvellement au sein de ces structures, et être associée à la hausse plus importante du nombre d’ETP de l’offre à destination des PSH ces dernières années.
Des niveaux de salaires globalement inférieurs à la moyenne nationale. Les rémunérations dans les métiers de l’autonomie varient selon les professions, mais restent en moyenne inférieures à celles observées dans l’ensemble du salariat (voir Graphique 1). En 2021, le salaire mensuel net moyen des aides à domicile2 s’élevait à 1 470 €, contre 2 524 € pour l’ensemble des salariés.
Parmi les professions les plus représentées, les éducatrices spécialisées bénéficient d’un niveau de salaire relativement plus élevé. Cette différence s’explique en partie par un parcours de formation plus long et plus qualifiant (voir partie Une diversité de formations à l’image de la diversité des métiers).
Par ailleurs, l’analyse des rapports interdéciles (écart entre les salaires les plus bas et les plus élevés) met en lumière des inégalités de salaires plus marquées chez les éducatrices spécialisées : le rapport entre le 9ème et 1er décile étant de 1,7 contre 1,4 pour les aides à domicile. Cette dispersion salariale reflète notamment une progression de carrière plus dynamique. Ainsi, d’après l’INSEE, une éducatrice spécialisée ayant 20 ans ou plus d’ancienneté perçoit en moyenne un salaire de 30 % supérieur à celui d’une collègue ayant moins de 5 ans d’expérience. Chez les aides à domicile, l’effet de l’ancienneté est deux fois moins marqué, avec un gain moyen de 15 % seulement.
Graphique 1 ● Distribution des salaires mensuels nets de 2021 des professionnelles de l’autonomie en EQTP, en euros par profession

Source : INSEE, Base Tous Salariés 2021 – traitement DREES-DSS
Champ : Salariés du privé, France hors Mayotte et hors postes salariés des particuliers employeurs
(*y compris aides ménagères, travailleuses familiales)
Lecture : En 2021, 10 % des salariés sont rémunérés plus de 4 010 euros par mois en équivalent temps plein.
1 Ces caractéristiques d’âge et de sexe sont partagées par les professionnelles de l’autonomie avec les travailleurs sociaux dans leur ensemble : « Les travailleurs sociaux : des professions féminisées, plus âgées, et exerçant souvent à temps partiel » DREES, 2022
2 Le champ retenu est ici plus large que les seules aides à domicile du secteur de l’autonomie des PA et PSH.
Le champ des métiers de l’autonomie se caractérise par une grande variété de formations et de diplômes, ce qui participerait au manque d’attractivité du secteur d’après le rapport El Khomri.1 Les formations diffèrent selon le type de structure et le public accompagné.
Dans les établissements ou services médico-sociaux pour personnes en situation de handicap, les diplômes les plus représentés sont :
Dans les établissements pour personnes âgées, la profession d’aide-soignante est très dominante. En 2019, 84 % des ETP d’aides-soignantes détenaient le diplôme d’Etat d’aide-soignant (DEAS).
Les principales formations du secteur présentent des caractéristiques distinctes en matière :
La projection d’effectifs de professionnelles permettrait de mieux anticiper la mise en adéquation de l’offre au besoin en professionnelles de l’autonomie, appelé à croître dans les prochaines années. En effet, sur le champ PA exclusivement, le rapport « Libault » évaluait à 140 000 le nombre d’ETP supplémentaires à recruter d’ici 2030.
1 Rapport El Khomri « Grand âge et autonomie », oct. 2019
2 Cette formation a été fusionnée en 2016 avec celle des auxiliaires de vie sociale, pour former le diplôme d’Etat d’accompagnement éducatif et social (DEAES). Le taux d’ETP couvert est de 56% si l’on considère les CAFAMP et les DEAES en 2022.
Source des données :

Pour le calcul des effectifs :
Le traitement statistique des bases citées ci-dessus a été réalisé par la DREES.
Un retraitement statistique a été opéré par la DSS pour le champ des professionnelles intervenant auprès des personnes en situation de handicap : ont été exclus notamment le personnel administratif, le personnel des services généraux, le personnel médical (hors paramédical), ainsi que les candidates-élève sélectionné aux emplois éducatifs. Le champ des professionnels auprès des PH a été recomposé à partir des deux volets de l’enquête ES-Handicap : « Adultes » et « Enfants ». Le volet spécifique aux services et établissements à destination mixte des PH « Adultes et Enfants » a été exclu en raison d’un manque d’information.
Bases complémentaires mobilisées :
- Enquête Ecoles de la DREES, 2023 | Utilisation des données relatives à la formation aux professions sociales, sur un champ France métropolitaine et DROM.
- Base Tous Salariés, INSEE, 2021 – traitement DREES-DSS | Utilisation des données relatives aux salaires mensuels nets.
Construction de l’indicateur ETP :
Conformément au temps de travail légal, un ETP représente 1 607 heures par an. De légères différences dans la méthode de calcul des ETP peuvent exister en raison de la multiplicité des sources utilisées (et acteurs de production), ainsi qu’en termes de différence de méthodes retenues dans la valorisation des heures (facturées, réalisées, contractuelles, financées) ou encore par la conversion du nombre de places d’un établissement pour approcher un nombre d’ETP.
Pour aller plus loin :
- Bergeron, T., Dauphin, L. (2020) « L’offre d’accueil des personnes handicapées dans les établissements et services médico-sociaux fin 2018 », DREES, ER 1170.
- Carrère, A., Monirijavid, S., (2023) « Accessibilité géographique à l’offre médico-sociale et sanitaire pour les personnes âgées : une approche territoriale », DREES, ER 1279.
- « Les travailleurs sociaux : des professions féminisées, plus âgées, et exerçant souvent à temps partiel » DREES, 2022.
Organisme responsable de la production de l’indicateur : DSS
Intégralité du REPSS - Autonomie - Edition 2025
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Synthèse du REPSS - Autonomie - Edition 2025
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Données du REPSS - Autonomie - Edition 2025
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